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Publié le 21 octobre 2010

Bockel : le sécuritaire de proximité

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Avant de le débarquer du gouvernement, Sarko a décidé de mettre à contribution l’un de ses ministres d’ouverture. Le « toujours-socialo » (c’est lui qui le dit) Jean-Marie Bockel, qui « désœuvre » ferme au ministère de la Justice depuis 2009, a été propulsé grand timonier de la Prévention de la délinquance juvénile. Après audition d’une vingtaine de « grands témoins » réputés pour leur sens de la pédagogie (Chatel, Morano, Copé, Benisti, Bauer, maires membres du très sécuritaire Conseil national des villes [CNV], préfet de police de Paris, etc.) et quelques déplacements d’études (en Suède, en Autriche, à Roubaix, etc.), Bockel a organisé vite fait ses Assises de la prévention de la délinquance juvénile, avant de remettre à Sarko le rapport éponyme. Le 14 octobre, lors de ces assises très fermées (« sur invitation » only), le secrétaire d’État à la Justice et aux Libertés a pu exprimer toute sa gauchitude et a conclu la journée par un vibrant : « C’est avec l’amour et la joie que nous parviendrons à aider ces jeunes. » Les « jeunes », ce sont ces futurs-délinquants-originaires-des-banlieues-et-pas-français-de-souche qu’il convient de rééduquer au plus vite.

En obligeant, par exemple, parents et enfants à aimer la langue, la culture et le patrimoine de notre France si accueillante. Car chez ces gens-là, comme l’a si bien dit l’un des grands témoins, Xavier Lemoine, ci-devant maire de Montfermeil et vice-président du très sécuritaire Conseil national des villes, ça « parle sabir » et ça regarde le Net et la télé de là-bas. Sinon, a expliqué Sonia Imloul (la pulpeuse experte de service de Respect 93 et membre de l’Institut Montaigne), ce sera : « Problème à 5 ans, décrochage en 6e et délinquance à 13 ans, on connaît ! » L’État aurait donc la louable et humaniste intention de sauver ces « jeunes s’éloignant du droit chemin » (comme disait Bénisti, auteur d’un très fameux rapport) en les « dépistant dès le plus jeune âge » (Bénisti toujours). Et Éducation nationale, maires, avocats et juges pour enfants, travailleurs sociaux and Co sont priés de coproduire cette noble « prévention de proximité » en « partageant » leurs secrets professionnels, par exemple.

En 2007 déjà, la loi Prévention de la délinquance (LPD), si chère au candidat Sarkozy, proposait un dispositif musclé, qui fut provisoirement mis en échec par des travailleurs sociaux qui ne se concevaient pas délateurs au service de police. Un dispositif coordonné par le maire où tous les acteurs – justice, police, école, assistants sociaux, etc. – auraient dû « partager » leurs secrets professionnels pour dépister chez le « jeune » le germe de la délinquance. Premier signe clinique, l’absentéisme, que les inspecteurs d’académie sont déjà obligés par la LPD de ficher pour le compte des maires. Sorti par la porte, le « secret partagé » revient aujourd’hui par la fenêtre, sous couvert de lutte contre le décrochage scolaire, nouvelle obsession sarkozienne. Les « décrocheurs » sont l’objet de toutes les attentions. Dépistage précoce, réinsertion forcée ou « remédiation » (comme dit pudiquement l’Éducation nationale) vont donner lieu à prolifération et croisements de fichiers scolaires et non scolaires. Une loi y pourvoit déjà, la loi de novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie, menée par… Laurent Wauquiez et endossée par le sous-commandant Darcos (ex-ministre des écoles). Dans son message d’ouverture des Assises, Sarko annonce d’ailleurs du « sur-mesure éducatif » avec le développement « de puissants outils de repérage des décrocheurs, qui seront ensuite pris en charge par des “plateformes” locales » . De quoi pallier sans doute la réduction des effectifs…

Cette nouvelle « lutte contre l’échec – ou pour la réussite – scolaire », sera cette fois-ci confiée aux serviteurs les plus sarko-compatibles de l’État, les préfets. Ceux-là mêmes qu’Hortefeux a chargés mi-août d’enquêter sur l’application de la LPD par les maires, jugés pas assez sarkozystes et trop laxistes dans l’application de la LPD. Estrosi a même réclamé des sanctions financières pour tenir ces insubordonnés par les bourses. En attendant cet autre rapport d’enquête, c’est donc Bockel, l’insécuritaire de gauche, qu’on envoie au charbon pour faire diversion et adoucir l’image répressive d’un Sarkozy tombé dans les bas-fonds sondagiers. Les soudaines aspirations humanistes des Morano, Chatel, Benisti and Co vantant les mérites de la « prévention de proximité » ne leurrent que les sots. Et, en plus, il n’y a pas un rond. Même Bockel avoue en privé ne pas y croire, mais il accepte de jouer le gant de velours pour masquer la main de fer.


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