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Publié le 30 mai 2011

L'histoire du concombre bouc émissaire masque mal les méthodes de l'agro-industrie espagnole ou française


En préparant un livre, « Des fraises en hiver » et un film pour France 5 sur le trafic des fraises hors saison en provenance d’Espagne, « La rançon de la fraise », j’ai eu l’occasion, en 2010, de m’intéresser au fonctionnement du contrôle des fruits et légumes à la plateforme privé de Perpignan où transitent tous les fruits et légumes en provenance d’Espagne. L’expérience est édifiante...

Un laboratoire est chargé de contrôler la conformité sanitaire et chimique des produits en provenance d’Espagne Sur toutes les cargaisons qui arrivent d’Espagne, ce laboratoire parfaitement indépendant analyse en continu les fraises et tous les fruits et légumes destinés à franchir la frontière. Des prélèvements aléatoires sont effectués sur quelques uns des centaines de milliers de camions franchissant la frontière, avant d’être broyés pour que des systèmes automatiques et informatisés livrent des analyses sur les traces chimiques ou organiques. J’ai pu suivre tout le processus et peux garantir le sérieux des analyses.

Reste un énorme problème avoué face à la caméra par le directeur de ce laboratoire : il n’a le droit (secret professionnel...) de communiquer le résultat de l’analyse qu’au producteur du fruit ou du légume et à la société qui importe le fruit ou le légume vers la France, l’Allemagne ou tout autre pays. Présent lors de l’interview, le représentant du ministère de l’Agriculture a reconnu qu’il n’avait pas accès aux résultats des analyses alors que ses services ont un bureau, dont il est responsable, dans les locaux de la plate forme de Perpignan...

A ces faits s’ajoute une précision fournie par les salariés du laboratoire de contrôle : de toutes façons si et lorsque nous trouvons quelque chose après vérifications sur le deuxiéme échantillon, il y a longtemps que la cargaison est repartie et, en général, qu’elle est déjà en vente sur les marchés et les grandes surfaces.

Pour avoir raconté cette histoire, et les libertés prises par les producteurs espagnols sur les problèmes sanitaires et chimiques, j’ai été menacé, comme le diffuseur du film et l’éditeur et comme Politis ayant évoqué cette affaire, d’un procès en diffamation. Mais il s’agissait simplement d’une gesticulation destinée à calmer les agriculteurs espagnols, car je n’ai jamais plus entendu parler de cette menace.

J’ignore si le désormais célèbre concombre est responsable de l’alerte sanitaire qui gagne l’Europe, mais je sais que les contrôles à la frontière espagnole sont inefficaces et relèvent simplement des relations diplomatiques et commerciales entre l’Espagne et le reste de l’Europe, à commencer par la France. Mais l’essentiel n’est pas seulement dans ces importations effectuées parfois n’importe comment à travers un marché privé comme celui de Saint Charles à Perpignan qui voit passer chaque année passer 3, 5 millions de tonnes de fruits et de légumes.

Car les produits frais en cause ou suspects, concombres, salades, tomates ou poivrons ne proviennent pas de petits maraîchages, mais de centres de production industrielle de légume. Essentiellement, comme pour les fraises hors saison, des milliers d’hectares de serres en plastique qui couvrent le sud de l’Andalousie. Au delà de leur éventuelle nocivité que nul n’a encore pu prouver de façon claire, ces produits « frais », qu’ils soient bio ou non –plus souvent non, d’ailleurs- représentent l’ultime perversion de l’agro-industrie qui nous fabriquent des fruits et des légumes. Dans des conditions salariales, écologiques et sanitaires de plus en plus « monstrueuses ». Et les maraîchers français ne sont fondés à protester et à se plaindre seulement quand ils n’utilisent pas ces mêmes méthodes approuvées par la FNSEA et guidées par la grande distribution.


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