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Publié le 8 septembre 2011

Les radiés du chômage

Une note du collectif « Autres chiffres du chômage » apporte un éclairage complémentaire à notre enquête sur Pôle emploi et la hausse des radiations administratives par e-mail.

A la suite de l’enquête d’Anne Solesne Tavernier, « Maintenant, on radie par e-mail », à lire dans notre journal, une note du collectif « Autres chiffres du chômage » (ACDC) publiée le 6 septembre révèle l’influence des politiques menées par Pôle emploi sur les chiffres du chômage.

Note ACDC septembre 2011 Cette note intitulée : « Les flux d’entrée et de sortie du chômage : moins de retours vers l’emploi, plus de sorties administratives », indique que « chaque mois, environ 500 000 demandeurs d’emploi s’inscrivent sur les listes de Pôle emploi et à peu près autant en sortent. Ces flux représentent aujourd’hui entre 11 % et 12 % du total des demandeurs d’emploi et sont bien supérieurs aux variations mensuelles du stock des demandeurs inscrits. Les mouvements qui affectent ces flux d’entrée et de sortie peuvent donc avoir une incidence assez sensible sur les fluctuations du baromètre mensuel ».

Ainsi, en juillet, comme l’ont relevé le syndicat SNU-Pôle emploi et le site actuchomage.org, le collectif a constaté « une hausse brutale du nombre de radiations administratives : +25,1 % en un mois. Par rapport au mois de juin, près de 10 000 personnes supplémentaires ont été ainsi radiées des listes de Pôle emploi au cours du mois de juillet. Il s’agit là d’une hausse record, jamais observée depuis quinze ans ».

Le collectif considère que « les bouleversements organisationnels de l’établissement public influent » sur les données chiffrées sur le marché du travail et le chômage indemnisé. Ainsi la dématérialisation des courriers adressés aux chômeurs pourrait y avoir une bonne part de responsabilité. « On avait constaté dans la première année d’existence de Pôle emploi une croissance, sans diminution depuis, des inscriptions pour autres motifs ».

Et de conclure : « Cette absence marquée d’intérêt pour la qualité de ces chiffres contraste singulièrement avec l’usage médiatique qui en est fait ». De là à penser que les radiations administratives servent à ajuster les chiffres officiels, il n’y a pas loin.


Tripatouillages autour des chiffres du chômage

Nicolas Sarkozy s’est permis une belle pirouette en commentant le 2 septembre les mauvais chiffres du chômage, le mois de juillet étant le troisième mois consécutif a enregistrer une hausse du nombre de demandeurs d’emploi. Le président des riches a insisté sur la vigueur des créations d'emploi et établit un lien entre chômage et démographie. En clair, les mauvaises statistiques seraient dues à la vitalité démographique française.

Les grands médias ont repris à leur compte les déclarations de Sarkozy et du gouvernement. Et ont asséné les statistiques publiées par le ministère de l’Emploi : ainsi le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A (ceux n'ayant exercé aucune activité au cours du mois) en France métropolitaine a augmenté de 36 100 (+1,3 %) le mois dernier pour s'établir à 2 756 500. Et on n'en saura pas plus.

Pourtant, le collectif « Autres chiffres du chômage » (ACDC) a livré récemment d’autres informations sur le chômage. Au deuxième trimestre 2011, les besoins d’emploi non satisfaits concernaient 5 millions de personnes en France. Ainsi, chômeurs et personnes en sous-emploi représentent au total 14,2 % de la population active (deuxième trimestre 2011). Le taux de chômage s’élève pour la France à 9,6 %, en baisse de 0,1 point sur une année. Mais les inscriptions à Pôle emploi concernent plus de 5,1 millions de personnes au deuxième trimestre 2011.

Sur un an, cette population a augmenté de 1,8 %, souligne le collectif avec ce commentaire : « En raison de ces larges différences de champ entre les personnes inscrites à Pôle Emploi, d’une part, et les personnes définies comme étant au chômage ou en sous-emploi par l’INSEE, d’autre part, l’analyse conjoncturelle qui s’appuie sur les statistiques mensuelles de Pôle Emploi ne délivre pas le même diagnostic que celui issu des enquêtes Emploi de l’INSEE. Ce constat se vérifie même si l’on se limite à la seule catégorie A, dont la définition est conceptuellement la plus proche de celle du chômage BIT. Sur la dernière année, le nombre de ces demandeurs a très légèrement augmenté (+0,4%), tandis qu’on observait un reflux du nombre de chômeurs ».

Lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait fixé un objectif de plein emploi à moins de 5 % de taux de chômage, alors qu’un certain nombre d’économistes annonçaient une crise financière.

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