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Publié le 21 mai 2012
« Amour » de Michael Haneke; « les Invisibles » de Sébastien Lifshitz

« Amour » de Michael Haneke; « les Invisibles » de Sébastien Lifshitz

Deuxième enthousiasme flagrant au terme de la projection de presse suscité par un film de la compétition : après De rouille et d’os , de Jacques Audiard, en tout début de festival, Amour , de Michael Haneke. Un film « simple » , comme l’a qualifié lui-même le cinéaste. En effet, Amour affiche une économie thématique et scénaristique qui tranche avec ses films les plus récents, le Ruban blanc (Palme d’or 2009), ou Caché (2005). Un lieu unique – un appartement –, deux comédiens – Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant –, pour raconter la déchéance physique d’un des deux personnages de ce couple qui s’aime encore très fort, la femme, en l’occurrence, atteinte d’AVC graves.

Illustration - « Amour » de Michael Haneke; « les Invisibles » de Sébastien Lifshitz

Le premier plan du film s’offre au spectateur comme un miroir : c’est l’image d’un public qui, dans un théâtre, attend, assis, le début imminent d’un concert de piano. Riva et Trintignant en font partie, mais ils sont noyés dans l’ensemble. Tout est dit sur la portée du film auquel on va assister. Anne et Georges, les personnages qu’interprètent ces deux immenses comédiens, c’est vous, c’est moi, car ce qui leur arrive est universel : la maladie, la souffrance, la disparition de quelqu’un qu’on aime.

On imagine ce que certains cinéastes auraient fait avec un tel sujet. Je suis pourtant loin d’être un inconditionnel du cinéma de Haneke. Mais, perdant sa présomption à faire système et son sadisme ostentatoire, il s’est ici humanisé. Au reste, comment se montrer arrogant face à la mort qui gagne peu à peu ? Comment ajouter du sadisme à la cruauté de la vie ? Le sujet imposait de ne pas en rajouter, et Michael Haneke l’a bien compris.

Illustration - « Amour » de Michael Haneke; « les Invisibles » de Sébastien Lifshitz

Ses grandes qualités de cinéaste ont fait le reste. Un sens aigu des lieux qui distribue les pièces de l’appartement (la chambre, la cuisine, le salon, l’entrée) comme autant de scènes aux dramaturgies spécifiques ; une rigueur de la mise en scène qui déboucherait sur une abstraction si elle ne s’accompagnait pas d’une attention aux détails et à leur signification ; et la caméra toujours au service d’une Emmanuel Riva au jeu clair et tendu jusque dans l’extrême déchéance, et d’un Trintignant dont la douceur si singulière exprime ici autant la solidité face à l’épreuve que l’amour à transmettre, encore et toujours.

Malgré ce qu’il raconte et ce qu’il nous renvoie sur nous-mêmes, le film n’est pas anxiogène ni plombant parce que le cinéaste laisse filtrer l’émotion plutôt qu’il ne l’exploite. Un exemple : quand Emmanuelle Riva regarde les albums de photos, et qu’apparaissent à l’écran les deux personnages, c’est-à-dire les deux comédiens, dans leur jeunesse, elle prononce cette seule et simple phrase : « C’est beau, une vie » . La phrase sonne comme du Duras. Elle en a la même simplicité et la même profondeur d’émotion.

Jusqu’au bout, Haneke offre à ses personnages des scènes où le partage, même minime, par un souvenir ancien, une comptine enfantine, a encore lieu. Le cinéaste montre bien que cet échange n’est plus possible qu’à l’intérieur du couple : leur fille, interprétée par Isabelle Huppert, est laissée de côté, n’a plus accès à sa mère. La séparation est déjà faite. En revanche, à Georges et à Anne souverains dans leur amour, celle-ci ne peut pas être totalement imposée.

Hors compétition, Sébastien Lifshitz ( Presque rien (2000), la Traversée (2001), Plein sud (2009)) a présenté un documentaire très réjouissant. Les Invisibles met dans la lumière des homosexuels et des lesbiennes, seuls ou en couple. Ayant tous un certain âge, voire un âge avancé (plus de 80 ans pour certains), ils témoignent de la manière dont ils ont pu vivre leur orientation sexuelle, qu’ils mettent en perspective avec les époques qu’ils ont traversées.

Illustration - « Amour » de Michael Haneke; « les Invisibles » de Sébastien Lifshitz

Sébastien Lifshitz les a filmés chez eux ou dans leur décor familier, ce qui convient à une parole intime sur leur vie amoureuse et sexuelle. Plusieurs plans, souvent très graphiques, disent toujours quelque chose de la personne qui témoigne : un pied aux ongles vernis, des chèvres en goguette, un homme seul étendu dans une piscine…

La parole de Yann et Pierre, de Catherine et Elisabeth, de Monique ou de Jacques est libérée, franche, directe, ce qui permet au film d’aborder de nombreuses questions dont, ailleurs, on parle trop peu : les normes morales de la France des années 1940 à 1960, le fléau qu’a représenté le mariage pour une masse de gens, les inhibitions douloureuses imposées par la famille. Les Invisibles est aussi un film très sensible sur le vieillissement, les traces évanouies du passé, les moments déterminants de la puberté, à la fois lointains et toujours présents au cœur de ceux qui ont eu une sexualité différente de la majorité.

Tous ces « invisibles » ont dû, individuellement, combattre, résister pour être ou devenir ce qu’ils sont. Quelques-un(e)s ont été plus militant(e)s, se sont engagé(e)s avec vigueur et joie dans les mouvements féministes ou homo dans les années qui ont suivi Mai 68. S’ils ont dû faire admettre ce qu’ils étaient, avec plus ou moins de souffrance, ils font preuve aujourd’hui d’une vraie sérénité. Et advient rapidement dans leur bouche un éloge du plaisir – qui rend ouvert, heureux, entreprenant… – que le spectateur d’aujourd’hui n’a pas souvent l’occasion d’entendre. L’éloge du plaisir : connaît-on chose plus subversive ?


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