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Publié le 26 mai 2013
Cannes 2013 : Un palmarès plébiscité

Cannes 2013 : Un palmarès plébiscité

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Avec son jury, Steven Spielberg a donc fait le choix qu’il fallait. Donner la palme d’or à la Vie d’Adèle , d’Abdellatif Kechiche, c’est non seulement récompenser un très beau film, mais aussi satisfaire l’attente de nombreux festivaliers (dont la presse dans sa quasi-totalité, le jury de la Fipresci, la Fédération internationale de la presse cinématographique, lui ayant même accordé samedi son prix). Cette palme homosexuelle tombe à pic également le jour où les réactionnaires, religieux intégristes et autres censeurs des mœurs sont dans la rue.

Le palmarès du président du jury est ainsi plébiscité, ce qui permet de camoufler ses défauts. Il serait dommage cependant de bouder son plaisir, d'autant qu'on est peut-être passé à côté de ce qui aurait été une grosse déception. Le jury a en effet déjoué une rumeur persistante, qui, à quelques heures de la remise des prix, donnait gagnant le Passé , d’Asghar Farhadi, une palme qui aurait parue bien poussiéreuse.

Illustration - Cannes 2013 : Un palmarès plébiscité

Belle palme, et excellent cru 2013 également. Si aucune révélation n’a eu lieu – et pour cause, Thierry Frémaux n’a pas ouvert la compétition à des premières ou deuxièmes œuvres –, si aucun film n’a vraiment donné lieu à un choc esthétique (comme Oncle Boonmee en 2010, Holy Motors l’an dernier, ou Ten , d’Abbas Kiarostami, plus loin de nous), peu de films ont semblé hors course (Ce qui ne fut pas le cas les années précédentes – cf., par exemple, la sélection américaine de l’an dernier, hormis Muds , de Jeff Nichols). Et encore, certains se retrouvent au palmarès, comme Nebraska , d’Alexander Payne.

Pléthorique, la sélection française n’a pas brillé de tous ses feux – « Jeune et jolie » , de François Ozon, n’avait rien à faire ici ; et « Un Château en Italie » , de Valeria Bruni-Tedeschi, était sans doute un peu trop fragile pour tenir son rang. Il n’empêche que la palme d’or accordée à Abdellatif Kechiche vient distinguer un cinéma français qui prend encore des risques artistiques et des libertés vis-à-vis des formatages, et est synchrone avec un certain vent de renouveau constaté dans d’autres sections (Un Certain regard, la Quinzaine des réalisateurs et l’ACID).

Palme d’or : La Vie d’Adèle – Chapitre 1 et 2, d’Abdellatif Kechiche

Un intense film d’amour entre deux filles superbement interprétées par la débutante Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Celles-ci se sont données tout entières, en particulier dans des scènes de sexe magnifiques, qui forment la colonne vertébrale de ce film de passion pour l’autre, d’apprentissage des sentiments, et de connaissance de soi.

Grand Prix : Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen

Le film des frères Coen sur un musicien et chanteur folk au début des années 1960, qui peine à rencontrer le succès, retrouve la veine de leurs meilleurs œuvres. Mais les cinéastes étant déjà ultra récompensés, il aurait été plus judicieux de saluer la prestation d’Oscar Isaac. Celui-ci serait mauvais acteur, musicien ou chanteur, toute la crédibilité du film en serait atteinte. Or, Oscar Isaac possède tous ces talents !

Prix de la mise en scène : Heli, d’Amat Escalante

Un prix aussi important à un film (mexicain) aussi lourdement démonstratif est une grossière erreur.

Prix du scénario : A Touch of Sin, de Jia Zhang-Ke

L’un des plus grands cinéastes au monde livre l’un de ses plus grands films, qui méritait lui aussi la palme d’or. Le prix du scénario à a Touch of Sin ressemble au mieux à un malentendu – tant le film brille par sa mise en scène – au pire à une sorte d’attitude condescendante.

Prix du Jury : Tel père tel fils, de Kore-Eda Hirokazu

Il est à sa place. Le film a du charme et les personnages d'enfants, comme toujours chez ce cinéaste, sont dessinés avec beaucoup de justesse. Mais le film a aussi des limites.

Prix d’interprétation féminine : Bérénice Béjo, dans le Passé, d’Asghar Farhadi

Si le jury avait récompensé Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, qui méritaient amplement ce prix, la Vie d’Adèle n’aurait pu obtenir la palme. Choix cornélien. Bérénice Béjo, pas mauvaise dans le Passé , a été préférée à la grande Tilda Swinton, hypnotisante dans Only lovers left alive , de Jim Jarmusch. Chacun ses goûts…

Prix d’interprétation masculine : Bruce Dern, dans Nebraska, d’Alexander Payne

Le talent de l’acteur Bruce Dern n’est pas en cause, mais que vient faire cette récompense pour un film aussi paresseux ? Distinguer Oscar Isaac, chez les Coen (cf. plus haut), ou encore le duo Michael Douglas-Matt Damon, dans Ma Vie avec Liberace , de Steven Soderbergh, eût été mille fois plus pertinent.

Voilà, c’est fini. Merci à toutes celles et tous ceux qui ont suivi ce blog pendant le festival, qui n’a pu rendre compte de tous les films que j’ai vus par faute de temps ou, parfois, parce qu’un film doit accomplir un certain cheminement en soi pour commencer à pouvoir en dire quelques mots dignes d’être publiés, du moins à mes yeux. Rendez-vous dans les pages culture du journal à paraître jeudi pour un bilan un peu plus étayé.


Photo : Ian Gavan / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images/AFP

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