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Publié le 18 août 2014

Crédit agricole : une curieuse conception de l'ESS

Ce matin, la chronique de politique étrangère de France-Inter (8/08-7h45), assurée par Anthony Bellanger, revient sur une curieuse affaire qui semble confirmer des rumeurs récentes et qui porte un éclairage cru sur des pratiques du Crédit Agricole, banque coopérative, et sur ses dirigeants.
_ Quelques faits et de nombreuses questions.

En mai 2014, alors que filtraient les premiers éléments d'informations sur les difficultés dans lesquelles se trouvait la Banque portugaise Espirito Santo, aujourd'hui sauvée de la faillite par le gouvernement de Lisbonne, Xavier Musca, directeur général délégué du Crédit Agricole, se serait défait de 36 millions d'actions de cette banque lusitanienne dont la société qu'il dirige est un des principaux actionnaires.

En l'état de l'information, cela pose toute une série de questions.

La première, et c'est celle qui nous intéresse prioritairement, porte sur les agissements de la "banque verte".
_ Après le désastre grec d'Emporiki, le CA va subir de nouvelles pertes au Portugal cette fois-ci. Il ne nous apparaît pas qu'une banque coopérative soit destinée à se lancer dans la finance de casino à l'échelle mondiale.
Il est vrai que depuis la création de CASA (Crédit agricole Société anonyme), on peut raisonnablement s'interroger sur ce qui perdure de coopératif dans ce dispositif, malgré le réinvestissement de la FNCA dans sa gouvernance.

La deuxième question est celle de l'arrivée à la tête de grandes banques coopératives de personnalités, certes techniquement qualifiées, mais dont l'attachement à l'ESS n'est pas la qualité première, et dont les liens politiques ne peuvent que poser problèmes.
Xavier Musca a été nommé Secrétaire général de l'Elysée, sous Nicolas Sarkozy, au moment où François Perol, dont il était l'adjoint à poste, s'emparait dans des conditions qui font l'objet d'une enquête judiciaire, du regroupement Banques Populaires/Caisses d'Epargne, dont il était l'artisan après la débâcle de Natixis.
Cette interpénétration grandes banques / pouvoirs politiques problématiques quand il s'agit de banques d'affaires l'est tout autant sinon plus s'agissant d'entités coopératives.

La troisième question est celle des conditions de cette vente massive d'actions.
En premier lieu son volume ne manque pas d'étonner. Dans quelles conditions, une homme réputé intègre et dont le parcours jusque là était strictement celui d'un haut fonctionnaire, peut il se trouver détenteur de telles sommes (plus de 32 millions d'euros) ?
S'il s'agit d'une prime d'entrée au Crédit agricole, et alors que la discussion de la Loi relative à l'ESS a posé la question des rémunérations des dirigeants des entreprises de l'ESS et des entreprises dites "sociales", on peut s'interroger sur de telles pratiques.
En second lieu, et pour se référer à la chronique de France-Inter, le Crédit agricole qui aurait couvert son dirigeant au départ en disant que cette opération était au nom de la banque, se serait reprise en déclarant l'opération personnelle à Monsieur Musca.
En troisième lieu, si Monsieur Musca ne s'explique pas clairement sur l'origine de cette somme considérable (sur laquelle il a subi une décote, mais pas la perte vertigineuse qu'il aurait subi en vendant aujourd'hui ces actions, de 1€ à 0,10€) ne manqueront pas de se développer des rumeurs sur d'éventuels intérêts dont il serait porteur et seront nécessairement évoqués les liens politiques signalés ci-dessus.

Monsieur Musca semble, pour l'heure, gagnant. Mais certainement pas sa banque pour laquelle on annonce une perte de 700 millions d'euros.
_ Et certainement pas l'Economie sociale et solidaire dont un "fleuron" fait aujourd'hui encore l'actualité.


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