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Publié le 7 novembre 2014

Christophe, « adoptez-moi ! »

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Mardi 28 octobre

Il est 16 heures, on vient de terminer l’atelier écriture avec Éloïse. Moment bien sympa. Je retourne à la cathédrale, j’attends mes potes, du coup, je me tape la manche, même si j’en ai pas vraiment besoin. Eh bé, en ce moment, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais des femmes me disent que je suis beau, que c’est dommage que je sois à la rue. J’ai envie de leur crier :  « adoptez-moi ! »

À 20 h 45, les copains me proposent une session dessin. Mais voilà, j’ai un peu trop bu, alors je suis obligé de refuser. Je me dégoute, ça aurait été une super soirée, et je gâche tout une fois de plus. Allez, je mange et dodo.

Mercredi 29 octobre

Debout, 8 heures, comme presque tous les matins. Direction, l’accueil de jour. Je croise un ancien pote qui me dit qu’il a ouvert un squat. Je crois qu’il est bourré. Je suis reparti faire la manche, et j’ai fait 7 euros de petites courses. J’ai passé la soirée avec les copains, c’était drôle. 22 heures, je rentre au bercail (dehors quoi !)

Jeudi 30 octobre

Routine matinale, j’ai joué au ping-pong, récupéré mon linge propre et routine d’après-midi, en espérant que ça marche. Il fait beau, mais c’est la fin du mois, plus personne n’a d’argent. Évident pour personne.

Rien ne tombe et en plus, je ne suis pas inspiré. Voilà, voilà, 4euros en 4 heures… pfff, pas grave, on va faire avec. Petite journée, et apparemment toute petite soirée aussi : les copains sont occupés, du coup, je reste tout seul avec Yassou (ma chienne) et je m’ennuie.

20 heures, je suis encore à la cathédrale, et une fille attend quelqu’un à côté de moi. Elle attend longtemps, puis une de ses amies arrive, elle lui dit bonsoir puis  « j’ai quelque chose à te dire, mais d’abord quelque chose à te montrer » . J’ai tripé, c’était digne d’un best-seller, je m’amuse encore comme je peux. L’ennui a du bon parfois, du coup, j’ai fait un dessin de tout ça !

Vendredi 31 octobre

C’est Halloween… bouh ! On va voir ce que ce jour nous réserve et nous apporte. 10 euros en une demi-heure : record battu ! J’ai vendu 2 dessins ! Après 3 h 30 : 21 euros de manche, c’est parfait. J’ai vendu 2 autres dessins en rapport avec Halloween. Petites courses pour les 48 heures à venir. Je monte ensuite à la cathédrale où je passe la soirée avec les copains. Ce soir, je dors à la cathédrale à l’ancienne…

Samedi 1er novembre

C’est férié. Mais comme on est samedi, les magasins sont ouverts. Aujourd’hui, c’est repos, je ne fais pas la manche. Un pote m’entrepose mon gros sac, du coup, je me mets sur mon 31 (ou je sais c’était hier, eh !), puis je pars en vadrouille avec ma chienne. Que c’est bon d’être libre, direction le jardin Lecoq, très beau jardin de Clermont-Ferrand. J’y rencontre Guillaume, un gars de l’accueil de jour, sympa, on discute un moment. 13 h 30, je décide de revenir en ville.

Sur le chemin, je croise un mec qui fait la manche à genoux avec une pancarte disant : « j’ai faim, aidez-moi » . Pour moi, il joue la carte de la pitié des gens, ce que je ne conçois pas du tout, mais ça a l’air de marcher.

Je me pose à la cathédrale, je m’ennuie tellement que j’ai envie de faire la manche, mais je n’ai pas mes dessins.

Au moment de faire mon repas, je me rends compte que les copains de l’accueil de jour m’ont filé de la bouffe périmée. Pas cool ! Date passée de plus d’une semaine, du coup tout a moisi, l’œuf est à peine cuit, et le pain est rassis. La totale quoi ! Bon heureusement, que j’ai des aliments des restos du cœur. Faites attention s’il vous plait, on n’a pas des estomacs en béton armé !

Je suis finalement rejoint par mes joyeux lurons avec lesquels je passe une bonne soirée.

Dimanche 2 novembre

Comme chaque dimanche, je fais la manche au marché Salins. 11 h 30, 2,60 euros. Vache maigre aujourd’hui. Heureusement que j’ai économisé 4 euros ! Du coup, ça va le faire, en plus il fait moche.

Je suis retourné à la cathédrale. Je m’ennuie, mais des gens sans que je fasse la manche me donnent deux euros. Ce doit être parce que je suis avec mon chien, mon gros sac.

Une charmante jeune femme m’offre un sandwich et une boisson. C’est mon jour, bien que finalement, je n’ai jamais eu à me plaindre !

Lundi 3 novembre

Routine matinale, sauf que, l’accueil de jour passe en heures d’hiver ! Il ferme désormais à 16 h 30. Du coup, on a épluché des patates, et on a fait un peu le ménage. Je me suis attelé à la tâche pour éviter de tourner en rond. 16 heures, je retourne en ville, il commence à cailler, le vent me gifle. Aïe !


En partenariat avec l’accueil de jour de Clermont-Ferrand de la fondation Abbé Pierre, ce blog ouvre ses pages à ceux que l’on ne voit ni n’entend jamais. Les sans-domicile-fixe clermontois, par le biais d’un atelier d’écriture animé par Éloïse Lebourg, peuvent désormais raconter chaque semaine leur quotidien ou réagir à l’actualité.

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