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Publié le 27 avril 2015
Panique : le passage forcé par le terrorisme

Panique : le passage forcé par le terrorisme

Par méconnaissance des mécanismes qui conduisent au terrorisme, les mesures législatives et policières fébrilement mises en place pour lutter contre ce fléau aboutiront au résultat exactement inverse de celui espéré : une recrudescence des actions terroristes.

Henri Laborit

Henri Laborit, chirurgien et neurobiologiste spécialiste des comportements humains, aurait sans doute maille à partir avec nos autorités d'aujourd'hui s'il répétait son explication du terrorisme :

« On devient terroriste, parce que l’on n’est pas entendu. Je dirai presque qu’il n’y a rien de plus normal que le terrorisme. Comment ne pas être terroriste quand on est un Palestinien ? Tous nos rapports guerriers ont été des rapports de terroristes et de résistants. Les résistants étant du côté des plus forts, les terroristes du côté de ceux qu’on n’écoute pas. Les terroristes sont ceux qu’on n’entend pas, car ils sont considérés comme nuls et non avenus. »1

Pour Henri Laborit, le terrorisme, et plus généralement l'agressivité, sont les seules échappatoires offertes à ceux qui sont contraints à une condition de soumission intolérable et sans espoir. Comment s'étonner alors de le voir germer, tant dans nos banlieues ghettoïsées qu'en Palestine colonisée ou dans l'Afrique dévastée ?

Trop tard !

Et ce n'est pas la multiplication de lois liberticides ou la répression policière et militaire qui vont arranger les choses. Elles ne peuvent au contraire qu'exacerber un peu plus la colère des réprouvés et témoignent juste du degré de panique qui saisit de vieilles élites occidentales affolées par la chute de leur empire.

Le seul moyen pour enrayer la spirale infernale du terrorisme et de la violence serait de s'attaquer aux vraies causes du mal : offrir des conditions de vie décentes (à travers l'attribution d'un revenu de base pour tous, par exemple) et quelques perspectives d'avenir aux populations précarisées, accorder un État aux Palestiniens avec un retour d'Israël dans ses frontières de 1967, permettre aux Africains de retrouver enfin leur indépendance, leur dignité et de quoi manger.

Mais c'est trop tard, les choses sont allées trop loin. Les élites du vieux monde ont fermé toutes les portes de sortie et sont passées de l'autre côté du rationnel, là où sévissent les pulsions mauvaises et les crispations meurtrières . La frénésie de mesures antiterroristes, les mises sur écoute généralisées et affranchies de toute décision judiciaire en sont autant de preuves. Tout comme les magouilles avec des puissances finançant le terrorisme (sinon directement avec des groupes terroristes eux-mêmes), les massacres aveugles de civils par des drones, la justification même plus voilée de la torture à grande échelle, les guerres pour les matières premières, la condamnation à mort de milliers de migrants...

De fait, la transition vers le monde d'après ne peut plus guère s'épargner un long et douloureux passage par la violence, le terrorisme et la guerre . Ce n'est même plus une prédiction, mais le constat d'évidence d'un processus déjà enclenché. La seule nouveauté est qu'il menace désormais directement nos propres territoires qu'on croyait préservés.


  1. "Une Vie – Derniers entretiens avec Claude Grenié" (1996, Ed. du Félin). Le lecteur curieux découvrira un extrait plus conséquent de ce texte sur le site les-crises.fr


À ceux qui trouveraient une nouvelle fois ma chronique trop alarmiste, qu'il me soit permis de leur rappeler la parabole de Noé, telle que la raconta le philosophe Gunther Anders :

Noé, fatigué de jouer les prophètes de malheur sans que personne ne le prenne au sérieux, s’en fut par les chemins annoncer le déluge comme définitivement acquis aux passants médusés, en les avisant qu’ils étaient eux-mêmes déjà morts.

Gueule de l’auditoire qui demanda à cet étrange bonimenteur quand avait eu lieu ce drame si funeste.

« Demain », répondit Noé. « Si je suis devant vous, c’est pour inverser le temps, pour que cela devienne faux. »

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