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Publié le 20 juillet 2015
Sondages : notre indécrottable (et si révélatrice) crédulité

Sondages : notre indécrottable (et si révélatrice) crédulité

Rien n'y fait, nous avons beau nous dire et nous persuader que les sondages sont devenus de vulgaires armes de propagande massive au service des dominants, nous continuons imperturbables à nous appuyer sur leurs résultats pour étayer nos analyses.

Le site 'Observatoire des sondages' traque toutes les manipulations sondagières.

La brutale aggravation de la situation, qui précipite le vieux système occidental en citadelle assiégée, fait que les instituts aux abois ne se soucient même plus de sauver les apparences "scientifiques" de leurs entreprises de manipulation.

L'Observatoire des sondages n'en finit pas de répertorier les bidonnages de ceux qui se mêlent de sélectionner au préalable nos candidats aux présidentielles ou, comme lors des dernières législatives britanniques, parlent sans ciller de « retournement de l'opinion » parce que les électeurs n'ont pas eu l'heur de voter comme ils l'indiquaient. Les récents exemples grecs achèvent de ridiculiser la grossièreté de ces manœuvres intoxicatoires :

- 4 juillet : à la veille du référendum, deux enquêtes d'opinion prédisent une remontée victorieuse du oui (rappel : le non l'emporta par 61,31 %) ;
-
10 juillet : un sondage grec annonce un non écrasant à 79 % au 3e memorandum ;
-* 18 juillet : retournement (comique ?) de situation, huit petits jours plus tard, un autre organisme conclut à un oui massif à 70 % en faveur de l'accord imposé par l'Eurogroupe, et à 73 % pour un maintien coûte que coûte dans la zone euro.

De deux choses l'une : ou bien les citoyens grecs ont été mués en folles girouettes par les vents mauvais de la crise (ce que leur résolution lors du référendum ne laisse guère entrevoir), ou bien leurs instituts de sondage et les médias qui les relaient les prennent pour des imbéciles.

Une soumission plus ou moins inconsciente à l'ordre établi

Quelques-uns font certes de leur lucidité une résistance :

« Tous les sondages sur l'image prétendument positive de l'UE et de l'euro en Grèce, sont payés pour être sciemment faux » (Panagiotis ‪‎Grigoriou, Greek Crisis‬).

Mais combien à se laisser chloroformer par ces "enquêtes" biaisées ? Combien à reprendre à leur compte, sans moufeter et sans précaution, les éléments d'opinion distillés par l'élite dominante ? Quel gogo pour croire que l'Ifop de Laurence Parisot, ex-patronne militante des patrons, pourrait laisser passer un sondage préconisant la réhabilitation du Droit du travail ? Quel encrassé naïf pour s'imaginer que le Figaro d'Olivier Dassault oserait publier une enquête stigmatisant les ventes d'armes et le fiasco commercial qu'est l'avion Rafale ?

Passe encore -- à la guerre, comme à la guerre ! -- que certains utilisent sans vergogne les résultats propres à faire triompher leurs thèses (j'en suis !). Mais quid de ceux qui s'appuient, sans l'excuse de l'ignorance, sur des conclusions douteuses infirmant leurs propres revendications de résistance ?

Comment, par exemple, peut-on affirmer pour justifier la reddition de Tsipras que les Grecs sont aujourd'hui majoritairement hostiles à une sortie de l'euro alors qu'aucun référendum n'a validé ce verdict ? Depuis quand des sondages ont-ils valeur de sanctions démocratiques ?

Et pourtant, pourtant, nous continuons à nous y référer obstinément comme paroles d’Évangile. Un attachement aussi indécrottable et irrationnel que, par exemple, l'attachement de la gauche de la gauche à l'euro. C'est que l'addiction aux sondages est aussi un cruel révélateur de notre soumission plus ou moins inconsciente à l'ordre politique établi.


Cher lecteur, comme chaque année, Politis va se mettre en estivation jusqu'au 17 août. Respectueux du droit imprescriptible des travailleurs journalistiques à un repos dûment mérité, je te donne donc rendez-vous juste après cette date.

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