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Publié le 16 mars 2017
Tim Berners Lee appelle à contrer la centralisation du web

Tim Berners Lee appelle à contrer la centralisation du web

Ce mois-ci, le World Wide Web fête ses 28 ans et son créateur, Tim Berners Lee, trouve qu'il ne ressemble plus vraiment à la plateforme de partage de connaissances ouverte qu'il avait imaginé. Dans une tribune sur le site de la Web Fondation, il livre ses inquiétudes et quelques pistes pour convaincre ceux qui le dénaturent... de ne pas le faire.

Tim Berners Lee n'en démord pas, le web doit rester un outil au service de l’humanité tout entière, libre et ouvert, et il prêche depuis longtemps pour un droit d'accès universel. Mais les tendances actuelles à la centralisation par quelques grands acteurs l'inquiètent et le discret créateur des protocoles de communication qui ont permis l'avènement du web a décidé de donner de la voix.

Dans une tribune publiée sur le site de la Web Fondation qu'il a créée , il déplore en premier lieu la perte de contrôle des données personnelles. La collecte de celles-ci, en contrepartie de la gratuité des contenus ou des services, a pris des proportions inédites. Les fournisseurs en ligne pratiquent la politique du tout ou rien et ne laissent aucun choix aux internautes. « Quand nos données sont conservées dans des silos propriétaires, hors de notre vue, explique-t-il, nous perdons les bénéfices que nous pourrions en tirer si nous en avions le contrôle direct et si nous pouvions choisir quand et avec qui les partager ». Au delà du profilage commercial, c'est la surveillance politique qu'il pointe, celle des gouvernements répressifs qui traquent leurs opposants en obligeant les intermédiaires à leur communiquer ces données. Mais dans les « démocraties » aussi, souligne-t-il, « la surveillance de tous, tout le temps, va tout simplement trop loin ».

Seconde tendance soulignée par Tim Berners Lee, la facilité avec laquelle la désinformation se répand. Dans son collimateur, non pas les blogs et médias en ligne qui publient des informations plus ou moins vérifiées, mais les pratiques des grands acteurs du net, réseaux sociaux et moteurs de recherche, qui contribuent à la diffusion massive des rumeurs, fausses informations ou théories du complot, au détriment d'autres informations. C'est ce que certains appellent la « bulle de filtres », autrement dit l'utilisation d'algorithmes qui analysent et apprennent de ce que fait chaque utilisateur, pour lui proposer les actualités et les liens les plus susceptibles de déclencher ses clics. Un filtrage personnalisé du web que savent utiliser certaines officines spécialisées dans la propagande économique ou politique et qui fabrique une vision biaisée du monde.

Troisième danger, en partie lié au précédent, les dérives de la publicité politique. Là encore les réseaux sociaux sont en cause, mais c'est surtout le système de classement des moteurs de recherche qui est visé. En multipliant les sites de propagande et les échanges de liens, la nébuleuse d'extrême droite fait remonter ses thèses et ses slogans en tête des résultats de recherche, voire en suggestion dans la barre de requête. Pire, certaines agences de communication politique semblent avoir développé une sorte de nasse invisible qui leur permet de repérer de potentiels électeurs et de pister leur navigation pour les ranger dans tel ou tel groupe. Berners Lee cite une enquête du Guardian qui décortique ce système extrêmement occulte et sophistiqué et révèle que les responsables de campagne de Trump ont publié entre 40 000 et 50 000 variantes de messages publicitaires sur Facebook. De la propagande à la carte, souvent contradictoire, ciselée en fonction de ce que les différents groupes veulent entendre pour influencer leurs votes.

Malheureusement, pour lutter contre ces géants qui phagocitent le web, Tim Berners Lee n'a pas plus que quiconque de solution miracle et semble s'en remettre à une hypothétique prise de conscience de ces mêmes acteurs pour mettre de côté leurs intérêts économiques et instaurer les garde-fous indispensables. Pour lutter contre la collecte sauvage de données personnelles, il suggère de travailler « avec les grands groupes du web pour trouver un équilibre qui rende aux personnes un juste niveau de contrôle sur leurs données ». Au vu du lobbying forcené auquel ils se livrent quand une législation tente de protéger un tant soit peu la vie privée, on peut douter du résultat. Son autre piste, celle du développement d'outils comme des « applications sociales décentralisées » où l'utilisateur garde le contrôle de ses données, paraît plus prometteuse. Même logique d'autorégulation pour la désinformation qui selon lui pourrait être jugulée « en aidant les points d’entrée sur le web que sont Google et Facebook à poursuivre leurs efforts pour résoudre ce problème, tout en évitant de créer une institution centrale qui déciderait de ce qui est « vrai » ou non ». Autre suggestion « rechercher de nouvelles sources de revenus, comme les abonnements payants et les micro-paiements » pour contrer le modèle économique du pseudo-gratuit et l'hégémonie des grands acteurs sur les contenus. Une solution qui a, elle aussi, ses limites, celles du porte-monnaie de l'internaute. Outre l'opposition citoyenne aux lois trop invasives sur la surveillance des gouvernements en allant « devant les tribunaux si nécessaire », il suggère également de fermer « l’angle mort d’Internet » par une réglementation des campagnes politiques. La publicité politique, très encadrée dans les médias traditionnels, échappe en effet à tout contrôle en ligne et imposer quelques règles d'éthique aux candidats et aux acteurs du Net semble un minimum nécessaire. Même si on sait que les plus retors trouveront toujours les moyens de contourner l'obstacle.


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