Apartheid
dans l’hebdo N° 1006 Acheter ce numéro
Dans une récente interview à la revue Espaces latinos [^2], le philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag (qui paya jadis de quatre ans de prison sa participation à la lutte armée contre la dictature argentine) raconte qu’il a provoqué, voici quelques mois, un mini-scandale en Bolivie.
Il y donnait une conférence à l’université de La Paz : «J’ai déclaré que, au niveau mondial, ce que nous saluions, c’était la fin d’un régime d’apartheid en Bolivie. L’assistance a été très choquée, parce que les personnes présentes considéraient que non, il n’y avait jamais eu de régime d’apartheid dans leur pays. Il y avait, en Bolivie, où 85~% de la population est d’origine indienne, une sorte de masquage, très fort, de cette réalité indienne. Et il n’y avait jamais eu, avant Moralès, de président indien.»
C’est bien connu, il est des mots tabous. «Apartheid» en est un, qu’on en use en Bolivie ou en Palestine. Comme, dans la France de Sarkozy et de Brice Hortefeux, par exemple, il ne faut pas parler de «rafles». Et pourtant…
OPTIMISMEMiguel salue donc, dans toute l’Amérique latine, la résurgence des nations indiennes qu’il compare à «une lame de fond, la plus joyeuse, la plus puissante, la plus belle» (ce en quoi il a raison : quoi de plus tonifiant que cette reconquête de leur dignité, et parfois même du pouvoir, par des populations depuis si longtemps tenues sous le joug, du golfe du Mexique à la Terre de Feu ?).
Mais où je trouve notre compañero bien optimiste, c’est quand il espère révolue «pour toujours» l’époque «des partis militaires et celle de l’oligarchie, qui pouvait se permettre de faire des coups d’État, parce qu’elle se composait des propriétaires du pays». Car il semble bien que partout où les nouveaux gouvernants sortent des terrains balisés du libéralisme économique, tentent d’en corriger les excès et de réduire les
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