Collaborer ou résister ?

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C’est la maladie de l’époque : se donner bonne conscience en faisant « un geste » pour l’environnement, et ne rien changer réellement à ses comportements. Comme, par exemple, acheter une voiture hybride et continuer à rouler plutôt que prendre le métro. Ou payer la plantation d’un arbre pour se sentir libre de prendre l’avion. Ou signer des pétitions sur Internet d’un clic de souris, et passer à autre chose… On s’arrange avec sa conscience, mais on sait bien que ce n’est sûrement pas comme cela que l’on résoudra la crise environnementale actuelle. Alors pourquoi ne s’engage-t-on pas réellement ? Sommes-nous à ce point devenus des lavettes manipulées ?
Il est vrai que tout nous incite à cette hypocrisie. D’abord les difficultés à changer pour de bon, qui viennent de toutes les interdictions, réglementations, taxations, obligations, normalisations, désinformations et complications qui s’opposent à nos velléités. Pour ne citer que quelques cas récents d’interdiction : installer des toilettes sèches avec lagunage, utiliser l’eau de pluie dans son lave-vaisselle, faire du compost à proximité d’habitations, produire et échanger des semences non inscrites dans un répertoire officiel, diffuser la recette du purin d’ortie ou de prêle, mettre de l’huile végétale pure dans son moteur, nourrir les pigeons, diffuser des plantes médicinales ailleurs qu’en pharmacie… Et encore : la complexité des procédures pour réaliser des centrales photovoltaïques, la désinformation sur les nuisances des éoliennes, etc. On ne s’étonnera jamais assez du nombre d’interdictions de toutes sortes que peut secréter notre société dite « libérale ». Mais bien sûr, pour la plupart, il y a en arrière-plan la protection des intérêts de quelques lobbies industriels…

Et, surtout, il y a cette mode détestable de l’écologie « consensuelle », bien illustrée en France par le Grenelle de l’environnement, aux piteux résultats que l’on sait. Cette idée délétère, que répandent maintenant certaines grandes organisations écologistes, qu’il conviendrait de nouer des partenariats avec les industriels, et de ne surtout pas s’opposer à eux, ce qui serait « contre-productif ». Bref, d’être gentil et coopératif avec les pires pollueurs. Mais tout cela ne fait bien sûr qu’affaiblir les militants, détruire tout esprit de résistance, et inciter le bon peuple à faire preuve de passivité. Au fond, c’est l’éternel dilemme entre collaborer et résister. Les leçons de l’histoire nous ont pourtant appris où se situaient les bons choix… Et c’est peut-être bien par là que passe aujourd’hui la réelle ligne de partage entre les vrais et les faux écologistes, plus que par des appartenances de gauche ou de droite. Car, comme chacun sait, il y a aussi parfois des résistants de droite et des collaborateurs de gauche…


Jean-Louis Gueydon de Dives est président de la fondation Pour une Terre humaine.

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