Pourquoi ils disent non

Alors que les communes sont de plus en plus sollicitées pour implanter des éoliennes, l’opposition grandit, comme à Ally (Haute-Loire) ou dans le Forez.

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En 2006, le conseiller général du canton d’Ally (Haute-Loire), Jean-Pierre Vigier, voyait dans l’éolien un nouvel eldorado, avec un tourisme qui ne manquerait pas de créer des recettes. Onze aérogénérateurs sur les vingt-six du parc ont été installés à moins de 500 mètres des habitations. La société Boralex, l’exploitante du site, annonçait 194 000 euros annuels de manne financière au titre de la taxe professionnelle. Les ­petites communes rêvent alors de « projets » : « Faire revenir des gens, comme l’explique Marie-Pierre Olagnol, la maire. On habite sous une éolienne, on les entend, mais bon… Ça ne casse pas les oreilles. »
La fronde s’est pourtant installée durant l’hiver 2006, après un an de fonctionnement : 49 habitants refusent les machines, responsables de bruits lancinants qui troublent leur sommeil. « C’est comme les accidents de voiture, il faut que notre expérience serve aux autres », confiait une habitante 1. Ce projet, résolument soutenu par la Région, est aujourd’hui brocardé par les contempteurs de l’éolien.

Les manœuvres financières sont instructives : un document interne de la section départementale de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire en France, montre qu’elle s’est préparée à recevoir les développeurs de parcs éoliens qui arpentent la campagne. La FNSEA a signé en octobre 2002 un protocole d’accord avec le Syndicat des énergies renouvelables et incite fortement les agriculteurs à signer des baux. L’éolien industriel rapporterait plus que l’élevage.
On est plus intrigué quand on observe que l’un des protagonistes du document n’est autre que Jean-Pierre Olagnol, l’époux de la maire d’Ally, et que celui-ci possède l’entreprise Les Artisous de Margeride, une laiterie subventionnée par la société Boralex à hauteur de 10 000 euros. Mieux encore, un des fils de la même famille a été embauché à la maintenance des sites. Le document s’achève par cette sentence toute proverbiale dans nos campagnes : « Il faut être discret sur ce dossier. »
« C’est au mieux-disant » , explique Bernard Veissiere, maire d’Ardes-sur-Couze (Puy-de-Dôme). Vingt-six éoliennes doivent être construites sur son territoire avant fin 2008. Il admet que les communes sont sollicitées de toutes parts. « Tout se négocie, c’est finalement comme un appel d’offres. » La taxe professionnelle générée par le parc éolien devrait être d’environ 140 000 euros par an.
Claude Chazelle, architecte paysagiste, observe une frénésie spéculative : « On a lâché les loups dans les campagnes sans aucun garde-fou. Les zones de développement éolien tentent d’encadrer le développement, mais elles arrivent un peu tard. »

Dans le Forez, le projet des Hautes-Chaumes a sonné le rappel de la résistance à l’éolien industriel. Le mât de mesure du vent a été saboté deux fois en 2002. À Saint-Martin-des-Olmes, les promoteurs sont tombés sur un hameau d’irréductibles. « Approchés », les époux Macaux, de vieux communistes, n’ont pas lâché. Dans la région, la location peut dépasser 1 500 euros annuels par éolienne. « Ils proposaient aussi de nous faire un kilomètre de goudron ! » Comme en Afrique, alors ? « Pour la location des terrains, on avait demandé trois plus que le prix normal pour qu’ils refusent… et ils ont accepté ! »
Dans le Forez, le projet a été abandonné après l’enquête publique, et ce malgré une pression financière non négligeable. À Ally, les éoliennes n’ont pas « fait revenir des gens » à la campagne. Et ceux qui y viennent justement pour quitter la ville et ses embarras, comme Emmanuelle Petitjean, arrivée de Paris et propriétaire d’une maison à 700 mètres d’un mat de mesure, sont plutôt critiques : « Une éolienne, je ne trouve pas ça laid, mais c’est une escroquerie financière. »


  1. La Galipote, été 2007. 


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