Charles Enderlin : « Israël a joué la carte des islamistes »
Dans son dernier livre, Charles Enderlin montre comment on en est arrivé à un face-à-face avec le Hamas. Il analyse ici les dénis de la société israélienne, qui ne veut ni voir ni savoir. Il note le consensus d’une presse qui, hormis Haaretz, ignore la réalité palestinienne.
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Politis : Vous avez donné comme titre à votre livre « le Grand Aveuglement », claire allusion à l’attitude d’Israël face à la montée du Hamas. Est-ce toujours de l’aveuglement, ou une stratégie délibérée qui consisterait, de la part d’Israël, à promouvoir le pire de ses ennemis ?
Charles Enderlin : Il faut distinguer plusieurs périodes. La première se situe avant et au tout début de la première Intifada, c’est-à-dire à la fin des années 1980. À l’époque, Israël a franchement joué la carte des islamistes, qui étaient encore la confrérie des Frères musulmans, les aidant et les encourageant contre les nationalistes palestiniens de l’OLP. Cela a duré jusqu’à ce que la Mujamma al-Islami se transforme en Hamas, et même un peu au-delà, jusqu’au printemps 1988. Ensuite, c’est la 2e Intifada. Là, Israël choisit de frapper Arafat chaque fois que le Hamas commet un attentat. L’exemple le plus édifiant est celui de mars 2002. Le général américain Antony Zini était sur le point d’obtenir un accord, la Ligue arabe allait proposer son plan de paix. Le 27 mars, le soir de la Pâque juive, le Hamas commet un attentat dans un grand hôtel de Netanya [^2]. Que fait Ariel Sharon ? Il tourne sa riposte contre Arafat. Il fait réoccuper les zones autonomes