Dossier : Annick Coupé : «Cette crise sociale peut se transformer en crise politique»

L’heure de vérité

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La mobilisation engagée contre la réforme des retraites va-t-elle prendre, au-delà du 12 octobre, une forme nouvelle avec des grèves reconductibles dans différents secteurs ? Peut-on envisager un mouvement social interprofessionnel de grande ampleur ?

La semaine du 12 constituera, à n’en pas douter, un moment clé de la séquence de mobilisation. Entre juin et septembre, l’enjeu pour les organisations syndicales a été de s’assurer du soutien des salariés et de leur capacité à entraîner ceux-ci dans les journées d’action, par-delà les réseaux militants et les bastions les plus combatifs du mouvement syndical. Des doutes sur l’ampleur de la mobilisation pouvaient exister en raison de l’impasse stratégique à laquelle avait abouti la dynamique syndicale unitaire, dynamique pourtant originale face à la crise, au cours du premier semestre 2009. Or, malgré la répétition des journées « saute-mouton », malgré un calendrier de mobilisations qui pouvait paraître risqué car « précoce » en septembre, la contestation sociale s’est révélée forte, attestant d’un large refus de la réforme imposée par le gouvernement.

Cette première phase désormais dépassée, la mobilisation a atteint un point charnière qui pourrait, de nouveau, se traduire par un décalage entre les options stratégiques défendues par une partie des directions confédérales et celles choisies par des équipes syndicales sur le terrain. La direction de la CGT a notamment été très soucieuse, jusqu’ici, de montrer que le gouvernement portait seul la responsabilité d’une absence de dialogue et de montrer que la mobilisation était populaire, notamment dans le privé.

L’entrée de différents secteurs dans des grèves reconductibles nourrit un discours sur la « radicalité » au sein des médias dominants et au sein de la droite, alimentant, par ricochet, des tensions au sein de l’intersyndicale. La montée en puissance du mouvement passe, dès lors, par deux choses : d’une part, la capacité des militants à faire vivre effectivement des assemblées générales et la mobilisation à la base, et, d’autre part, la réelle acceptation par la direction de la CGT – car le dépôt de préavis ne constitue pas nécessairement un appui à cette modalité d’action – des grèves reconductibles que ses équipes syndicales, en lien avec celles de Solidaires, vont s’efforcer de maintenir.


Sophie Béroud est Maître de conférences en science politique, Lyon-II

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