On a changé le code

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Ce n’est pas pour me vanter, mais nous aussi, à Politis , on a été cambriolés –dans la nuit de samedi à dimanche. Ça devient difficile, de faire du journalisme, dans ce pays corrompu. Aucune trace d’effraction : les mecs avaient le code (E-D-W-Y-P-L-E-N-E-L-E-M-M-E-R-D-E-R-I-C-H-A-R-D-N-I-X-O-N). Et ils savaient parfaitement ce qu’ils étaient venus chercher : ils ont laissé l’argent.

Je veux dire : y avait cette énorme liasse de billets de 500 euros sur le bureau du chef Sieffert (rapport à cette augmentation –  « substantielle, mais en liquide, et de la main à la main, si tu veux bien »  – qu’il m’a promise pour le mois prochain), et ça, nos importuns visiteurs n’y ont pas touché. Mais juste à côté, y avait cet épais dossier rouge où Denis avait marqué en très gros caractères : « PREUVES ACCABLANTES DU FINANCEMENT DE LA CAMPAGNE DE (BIIIIIP) PAR LE CARTEL DE MEDELLIN » – et ça, en revanche, ça avait disparu. (Reusement qu’on avait un double.)

Ça nous a pas vraiment surpris, note : ça faisait déjà un petit moment qu’on avait l’impression d’être surveillés. « À chaque fois que je parle au téléphone avec Dominique de V., y a comme des bruits étranges sur la ligne : ça fait clic, clic, clic, et à la fin y a une grosse voix qui gueule “Mais parlez plus fort, nom de Dieu, j’entends rien.” » , me racontait justement Soudais la semaine dernière. Ah, j’ai dit : tu dois être sur écoute.

(Moi-même, depuis quelques jours, quand j’essaie d’appeler mon dentiste, je tombe sur un gars qui me suggère d’ « arrêter de poser des questions sur l’affaire Clearstream, ou si tu veux qu’on s’énerve, sale connard ? » – et, bon, je ne voudrais pas donner l’impression d’être paranoïaque, mais je trouve ça bizarre.)

Dominique de V., c’est notre informateur, comme t’auras compris. Je peux pas te dire son vrai nom – ça nous mettrait tou(te)s dans la merde –, mais laisse-moi te dire que le gars est du genre profond, au niveau de la gorge. Avant-hier, par exemple, il nous a expliqué qu’il avait la preuve que (biiiiip) avait touché neuf milliards d’euros, dans la triste affaire de la vente de cinq porte-avions à la principauté d’Andorre – qui a déjà fait tant de morts. Écrite, la preuve ? on lui a demandé.

Attendez, il a répondu, j’ai carrément une lettre qui dit : « Je, soussigné, Nicolas Sarkozy, reconnais avoir pécho neuf milliards d’euros en pièces d’un – même que c’était super-chiant à transporter. »

Et tu vas faire péter le truc ? Mais grave : demain j’ai rendez-vous chez Van Ruymbeke, je vais tout balancer, et j’aime autant vous dire que ça va éclabousser dans toutes les directions – y aura du Balladur plein les murs. Et alors, ce qui serait bien, on a fait, ça serait que tu nous files le procès-verbal de ton audition. Pas de problème, a-t-il promis, j’en fais toujours une trentaine de copies pour mes amis journalistes – mais si j’étais vous, je me méfierais : ça m’étonnerait pas que vous soyez cambriolés un de ces jours.
Mais on s’en fout : on a changé le code.


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