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Votez contre le vote électronique

Militants des droits et libertés et informaticiens alertent depuis longtemps sur les dangers des ordinateurs de vote et des scrutins par Internet. Une mobilisation qui commence à porter ses fruits.

Ce devait être la modernité en marche. Il y a quelques années, le concept de vote électronique était en vogue et les plus enthousiastes rêvaient déjà d’une démocratie « liquide », où chaque citoyen pourrait s’exprimer sur tous les sujets d’un simple clic.

Mais déjà, les militants des libertés numériques, vite rejoints par des professionnels de la sécurité informatique, alertaient sur les risques des différents systèmes. Aujourd’hui, même si la bataille est loin d’être gagnée, ces nombreuses critiques et une série d’événements ont contribué à sensibiliser le public et une partie de la classe politique au problème.

Ces événements sont aussi divers que les attaques informatiques menées dès 2006 contre l’Estonie, l’un des rares pays à avoir décentralisé l’essentiel de son administration et de ses processus de vote sur Internet, le virus Stuxnet, qui a contaminé de façon invisible des centaines de milliers de PC à travers le monde avant d’atteindre sa cible, les usines iraniennes d’enrichissement d’uranium, ou encore l’émergence du mouvement des Anonymous, qui a contribué à montrer que rien n’était vraiment inviolable sur le Réseau. À cela s’ajoutent les nombreuses irrégularités constatées dans des scrutins électroniques du monde entier.

La question du vote électronique recouvre deux problématiques différentes : les ordinateurs de vote d’une part et le vote par Internet d’autre part.

Les ordinateurs de vote, ou « machines à voter », ont été mis en place dès 2007 en France dans les bureaux de vote de plus de 80 communes. Parmi celles-ci, seules une soixantaine ont souhaité poursuivre l’expérience en 2012.

Pour Benoît Sibaud 1, ingénieur informatique à l’origine de la position de l’April 2 sur la question, le problème du vote électronique vient principalement de l’impossibilité de réunir trois critères définissant un scrutin fiable dans nos démocraties : l’explicabilité du processus, la confidentialité du vote et la vérifiabilité du scrutin.

Le premier est sans doute le plus grave : « On peut expliquer facilement un scrutin papier à des lycéens. Dans le cas d’un vote électronique, qui dans la population peut comprendre le code source, les systèmes cryptographiques utilisés, et vérifier que la machine fait bien ce qu’elle est censée faire ? » Le processus n’est donc contrôlable que par « une élite » d’informaticiens. Pour le commun des mortels, cela reste une boîte noire insondable. Et même parmi les spécialistes, « qui peut garantir que c’est le bon logiciel qui tourne au moment du vote ? ».

L’autre problème est l’incompatibilité du vote à bulletin secret et de la vérifiabilité. Toujours selon Benoît Sibaud, « le vote électronique est acceptable partout où le scrutin pourrait se dérouler à main levée ». Si l’on renonce à la confidentialité du vote 3, il devient alors possible pour chaque électeur de vérifier a posteriori que son bulletin a bien été pris en compte. Mais alors quiconque peut également savoir ce qu’il aura voté. Si l’on tient au premier principe, alors le scrutin est incontrôlable.

Concernant le vote par Internet, les craintes sont encore plus grandes. Pour l’informaticien blogueur Hardkor, qui a mené une analyse sérieuse du dispositif de vote des Français de l’étranger aux législatives de 2012 4, « des risques existent à toutes les étapes » du processus.

D’abord au niveau des ordinateurs personnels des votants, qui sont vulnérables aux virus et aux attaques. Ensuite, les informations qui transitent sur le réseau peuvent être interceptées et éventuellement modifiées par des pirates. Les logiciels et serveurs des entreprises (privées et dont les systèmes relèvent du secret industriel) qui fournissent le services peuvent également comporter des failles de sécurité exploitables pour des pirates 5. Enfin, le dépouillement se fait par une poignée de fonctionnaires qui recevront les informations finales en l’absence de tout contrôle citoyen.

Pour l’heure, des élus, partis politiques (notamment le Parti pirate) et associations se mobilisent pour rassembler toutes les irrégularités et autres bugs des scrutins de l’année 6, avec à la clé de possibles contestations, mais surtout une bataille de l’opinion publique en passe d’être remportée.


  1. http://ubuntu-paris.org/video/ubuntu-party-paris-2011-11-13_vote-electronique-en-quoi-le-logiciel-libre-n-est-pas-la-solution_benoit-sibaud 

  2. Association pour la promotion du logiciel libre : April.org 

  3. Comme le font certaines communautés de développement de logiciels libres, et notamment celle du système Debian, où l’on exige des votants de comprendre le code source du système de vote. 

  4. http://hardkor.info/le-vote-par-internet-en-france-risques-de-fraudes/ 

  5. C’est le cas du dispositif Pnyx, utilisé pour les législatives, comme l’a montré un Français résident aux Pays-Bas : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Vote-par-internet.-Un-Nantais-montre-qu-il-peut-etre-pirate-%5BVideo%5D_39382-2081688_actu.Htm 

  6. http://vote-electronique.partipirate.org/2012/voir.php et http://www.ordinateurs-de-vote.org 


Photo : Pierre Verdy/AFP

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