Gatignon : « Je n’avais pas le choix »

Selon le maire de Sevran (93), en grève de la faim depuis le 9 novembre, les villes de banlieue vont au-devant d’une situation catastrophique. Entretien.

Erwan Manac'h  • 12 novembre 2012
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Gatignon : « Je n’avais pas le choix »

Sevran est le symbole d’un déséquilibre : ville pauvre d’une des agglomérations les plus riches d’Europe, exposée à une crise sociale profonde, la commune doit monter son budget avec des besoins importants et des recettes a minima . À cette équation, se sont ajoutées récemment des pertes liées aux « emprunts toxiques » contractés par les villes de Seine-Saint-Denis, auprès de la banque Dexia (lire sur Politis.fr, Dexia à l’heure des comptes).

La situation est même récemment devenue ingérable, pour le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, qui ne parvient pas à boucler son budget 2013. Il lui manque 5 millions d’euros pour payer les entreprises qui ont effectué les travaux de rénovation urbaine et 3 millions d’euros pour la poursuite des travaux sur les équipements de sa ville. En octobre, il s’est donc tourné vers la Caisse des dépôts et consignations qui refuse de lui prêter ces fonds s’il ne trouve pas 5 millions d’euros « structurels » pour remettre à flot sa commune.

« Il faut révolutionner les institutions locales. »

En désespoir de cause, excédé par une décennie « d’humiliation » dans les négociations qui piétinent, Stéphane Gatignon s’est mis vendredi 9 novembre en grève de la faim. Il espère peser sur les discussions qui doivent avoir lieu mardi à l’Assemblée nationale sur la Dotation de solidarité urbaine (DSU). Le fond doit être étoffé de 120 millions d’euros. Une somme jugée insuffisante par Stéphane Gatignon.

« J’ai autre chose à faire que d’être ici », assure-t-il aux nombreux journalistes qui se relaient, lundi 12 novembre au matin, devant sa petite tante installée à deux pas de l’Assemblée nationale. Les traits à peine tirés, l’élu EELV martèle énergiquement son message entre deux gorgées de thé : « Il ne faut pas seulement des réformettes. Il faut révolutionner les institutions locales. »

La vidéo de notre entretien.

Le coup de force de Stéphane Gatignon a enregistré des soutiens de poids au cours du week-end : Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, Cécile Duflot et Pascal Canfin, ainsi que Harlem Désir, le premier secrétaire du PS, ont exprimé leur solidarité avec l’élu.

Il a surtout obtenu des solides garanties. Le Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, s’est engagé à soutenir un amendement à la loi discutée ce mardi pour l’augmentation de la DSU. Amendement qui portera ce coup de pouce de 120 à 360 millions d’euros. « C’est une vraie proposition pour plus de solidarité nationale » , a salué Stéphane Gatignon.

Le ministre délégué à la Ville, François Lamy, a aussi annoncé que l’Agence nationale de rénovation urbaine rembourserait les 4,7 millions d’euros qu’elle doit à Sevran. La somme devrait éviter à la commune de présenter un budget en déséquilibre et ainsi d’être placée sous la tutelle de l’État. « Il n’a pas demandé à me rencontrer, ce serait raisonnable de se mettre autour d’une table pour discuter », a aussi regretté François Lamy.

« Ce qui a fondamentalement changé les choses, témoigne aussi Stéphane Gatignon, ce sont les accords de Bâle 3. Aujourd’hui, les villes sont considérées comme des entreprises ou des personnes privées, elles peuvent faire « faillite   ». Les banques exigent des garanties beaucoup plus importantes pour nous prêter. » Ainsi, les difficultés d’accès à l’emprunt pourraient se répandre aux villes moyennes, prévient l’élu écologiste.

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