La visite du président birman à Paris inquiète les défenseurs des droits

Le président Thein Sein sera en France mercredi et jeudi, alors que la Birmanie poursuit sa «normalisation». Quatre associations rappellent que les atteintes aux droits humains continuent.

Florent Sourisseau  • 16 juillet 2013
Partager :
La visite du président birman à Paris inquiète les défenseurs des droits

À l’occasion de la visite du président birman, Thein Sein, à Paris les 17 et 18 juillet, quatre associations ont tenté mardi de donner de la voix. Reporters sans frontières, Avaaz, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Info Birmanie comptent rappeler que les crimes contre l’humanité continuent en Birmanie, malgré la dissolution de la junte militaire en 2011.

« La communauté internationale a une attitude déplacée et démesurée [envers la Birmanie]. Certes, on constate un changement d’atmosphère caractérisé par davantage de libertés, mais les réformes substantielles n’ont pas été mises en place» assure Célestine Foucher, coordinatrice d’Info-Birmanie.

«Des signes avant-coureurs de génocide»

Les associations pointent de nombreuses infractions commises envers la liberté de la presse – malgré une amélioration en comparaison des dernières décennies. Elles dénoncent surtout l’inaction des autorités politiques, face à la persistance de tortures, de viols, d’exécutions arbitraires et de conflits armés. Sans oublier les centaines de prisonniers politiques qui remplissent les geôles du pays.

Ces exactions sont principalement commises envers les minorités musulmanes – 4 à 5 % de la population – et en particulier l’ethnie Rohingya. Julien Bayou, chargé de campagnes pour l’association Avaaz, « dénonce des signes avant-coureurs de génocide ». Il compare la situation birmane à celle du Rwanda avant la tragédie de 1994. L’État montre, selon le militant, « la volonté de détruire une population pour ce qu’elle est » et bloque l’aide humanitaire à destination des Rohingya.

Lire > Birmanie : inquiétante escalade de la violence antimusulmane

C’est aussi le laxisme de la communauté internationale qui fait aujourd’hui réagir les défenseurs des droits humains. Pour Julien Bayou, on assiste depuis 2011 à «  la normalisation de la Birmanie, alors que les dirigeants n’ont pas changé » . Par exemple, Thein Sein était premier ministre lors de la répression de la révolution de Safran en 2007.

Thein Sein le 2 juin à Yangon - Photo : AFP / Ye Aung THU

En avril dernier, l’UE levait les sanctions économiques et commerciales à l’encontre de ce pays– excepté celles concernant la livraison d’armes-, et au mois de mai, c’est le président américain Obama qui recevait Thein Sein à la Maison blanche. Pour couronner ce «retour» au sein de la communauté internationale, la Birmanie prendra en 2014 la présidence de l’Association des nations d’Asie du Sud-est (ASEAN).

Hollande devant ses responsabilités

Pour les 4 organisations réunies mardi au cours d’une conférence de presse, le retour des investissements étrangers en Birmanie est néfaste à une partie de la population, que ce soit au travers la confiscation de terres ou bien le déplacement des habitants. « Nous avons l’impression que les intérêts économiques (de la communauté internationale) priment sur les droits de l’homme » , assure Célestine Foucher.

La ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, doit se rendre à la fin du mois de juillet dans ce pays. Un concours fut organisé à destination des PME, afin qu’elles soient représentées dans la délégation ministérielle. Une « opération marketing » , dénonce Mahor Chiche, avocat et co-auteur d’une pétition pour « refuser le silence face à l’apartheid et le nettoyage ethnique en Birmanie. »

Les associations insistent sur la nécessité que le président Hollande appelle à la mise en place d’un calendrier pour les élections birmanes prévues en 2015, ainsi que la mise en place d’une commission d’enquête internationale pour enquêter sur les crimes commis à l’intérieur des frontières. Le chef de l’État, qui promettait en janvier 2012 de «ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris» , devra leur donner des gages.

Monde
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial
Écologie 29 mai 2026 abonné·es

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial

Après cinq années d’interruption, la firme française relance le chantier d’un mégaprojet gazier dans ce pays est-africain. Outre ses dévastations sociales et écologiques, ce dernier a mis sous tutelle un des États les plus pauvres du monde par une des multinationales les plus riches.
Par Martin Eteve
Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle

Un samedi soir à Moscou, des jeunes se confient sur leur envie de quitter le pays et sa « fucking corruption », la peur d’être mobilisés au front, et le contournement des blocages d’internet. D’autres affichent leur fierté d’être russes.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien

Le territoire illégalement annexé par la Russie en 2014 est rattrapé par le conflit. Malgré un discours officiel prétendant que les civils conservent une « vie paisible », la population souffre d’une situation qui s’éternise, faite d’angoisse et de morts passées sous silence.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »
Entretien 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »

En Crimée annexée, des défenseurs des droits humains continuent de travailler malgré le harcèlement des autorités. Sous couvert d’anonymat, l’un des défenseurs de la minorité tatare a accepté de témoigner.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi