Les doigts dans le zen

Je me suis équipé d’une panoplie d’ennemi public n° 1 de l’industrie du tabac.

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Je préfère te prévenir : je vais arrêter de fumer. La dernière fois, j’ai tenu cinq mois. Les doigts dans le zen, comme disent les punks nippons. (Puis j’ai acheté une centaine de paquets de clopes – pour me venger.) Cette fois-ci, je me suis fabriqué un programme en douze étapes – façon Sarkoziques anonymes.

Première étape : je me suis équipé d’une panoplie d’ennemi public numéro 1 de l’industrie du tabac. Genre : j’ai acheté une cigarette électronique. Nous parlons ici d’un objet particulièrement élégant : on dirait le fume-cigarette d’Alice Sapritch redessiné par Dark Vador. Sa principale commodité est qu’il est d’une grande simplicité d’utilisation : tu le remplis d’un liquide nicotineux dont l’odeur ressemble à celle d’un (très) vieux haricot vert, tu le branches sur ton ordinateur, tu attends que la petite lumière rouge devienne une petite lumière verte, et c’est prêt. (Plus simple, on ne fait pas : même Éric Ciotti devrait y arriver.)

Autres avantages : le truc pèse deux ou trois kilos, il produit une espèce de fumée dont l’ingestion te fait tousser comme un porc pendant vingt à trente minutes – à côté de ça, les Gitanes maïs d’antan prennent des allures de médication homéopathique against le cancer du poumon – et, quand tu le fumes, il émet une vive lumière bleue qui te fait d’abord penser que la BAC est venue t’arrêter, ne tirez pas, je me rends. (Conviens que ça fait envie.)

Pour plus de sûreté, je me suis également doté d’un assortiment de patchs : on dirait de gros bouts de sparadrap – et, ce qui est bien, c’est que, dès que tu te les colles sur le bras, tu es pris d’une urticaire pis que celle qui te vient quand tu entends Marisol Touraine réciter qu’il va falloir que tu te réformes la Sécu. Puis, enfin, je me suis confectionné un programme alimentaire anti-poids – parce que je sais pas si tu sais mais, quand tu arrêtes de fumer, tu prends directement quarante-cinq kilos (par semaine). J’ai donc stocké des brocolis, des pommes et quatre mille packs de six cannettes de Coca (Zéro, il va de soi, ne me prends pas non plus pour un benêt) : ça réduit un peu la surface habitable de mon appart, mais ça m’oblige à pratiquer une activité physique régulière (pour atteindre la salle de bains), et ça, n’est-ce pas, c’est précieux. Pour l’instant, je finis de me préparer psychologiquement à l’idée que, sous peu, ma vie va changer : en même temps que j’écris ce bouleversant témoignage, je mange des Philip Morris en triturant nerveusement mon briquet.

Mais, d’ici une huitaine de jours, promis, j’aurai arrêté, et c’est de ça que je voulais t’entretenir : si le prochain « De bonne humeur » est écrit en très gros caractères, avec plain de fauttes d’ortogrhapes et sur un ton un peu vif, je ne veux surtout pas que tu t’offusques – c’est juste que, quand j’arrête de fumer, ça me ralentit (je mets six à huit mois à rédiger un demi-feuillet) et ça me rend un peu irritable, p* de b à c* de pompe à m**. Je risque donc de me montrer un peu acariâtre : promets-moi qu’on restera potes.


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