Taré(e)s

Jérôme Béglé ne peut ignorer qu’il doit le maintien de son salaire à la tonsure des contribuables.

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Le Journal du dimanche vient de révéler le contenu d’un rapport de la Cour des comptes sur les aides publiques au cinéma français, qui ont été, l’an dernier, d’un montant de 477 millions d’euros. À l’heure où j’écris ces lignes, l’hebdomadaire l’Express n’a toujours pas réagi à cette révélation, et cela peut étonner, car, en bon éditocrate, son directeur, Christophe Barbier, rate rarement une occasion de vitupérer contre la dépense publique, pour mieux exiger qu’elle soit promptement (mais drastiquement) réduite – en liquidant, si possible, quelques fonctionnaires. Mais il est vrai aussi que ce fervent contempteur des gaspillages de l’État a tout récemment joué dans un (burlesquissime) film réalisé par sa compagne, qui a précisément bénéficié d’une subvention du Centre national du cinéma – et que cela peut expliquer son inhabituelle discrétion.

L’hebdomadaire le Point, en revanche, n’a pas manqué de fustiger, avec célérité, ce qu’il appelle – dans une formule où transparaît que les poètes appointés à la rédaction des flyers de l’UMP continuent de faire des émules dans les rédactions parisiennes – « la gabegie du système de financement de notre septième art » (FDNSA). Plus précisément, un journaliste du nom de Jérôme Béglé – transfuge, si mes souvenirs sont bons, de chez Paris Match  – a rédigé un long papier colérique où il synthétise ainsi les (profondes) réflexions que lui inspirent les conclusions de la Cour des comptes : « L’assistanat, cette tare française, a encore frappé. Et, cette fois-ci, il fabrique des millionnaires qui se pavanent en haut des affiches en récompense d’un talent (très) contestable. » Puis de marteler : « Il faut arrêter de financer le cinéma français. »

Et certes : les modalités du FDNSA pourraient être mises en débat. (Perso : je n’ai rien contre l’idée qu’on me demande mon avis avant de redistribuer une partie de l’argent de mes impôts à la confection de navets où Christophe Barbier déclame des inepties.) Mais il faudrait alors envisager aussi la rediscussion d’autres mécanismes, comme celui, par exemple, des aides publiques à la presse – dont le montant a été, l’an dernier, si j’en crois les chiffres (discrètement) donnés par le ministère de la Culture et de la Communication, de 542,7 millions d’euros. Car – comme l’a également démontré la Cour des comptes dans un récent rapport –, cette pratique, où l’hebdomadaire le Point bénéficie chaque année (en récompense d’un talent et pour un résultat pour le moins contestables) de subventions gigantesques, fabrique des publications millionnaires dont les salarié(e)s, lesté(e)s de ce nantissement qui creuse d’horribles trous dans la dépense publique, se pavanent et distribuent tous les jours de très arrogantes leçons d’économie.

Mais de cette gabegie-là, le Point, bien sûr, ne dit rien : Jérôme Béglé, qui ne peut pas ignorer qu’il doit le maintien de son (confortable) salaire à cette tonsure des contribuables, n’a toujours pas confessé qu’il était une vivante incarnation de la tare de l’assistanat.


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