François Rebsamen, un ministre brut de décoffrage

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L'entretien du ministre du Travail publié ce vendredi 3 octobre sur le site du magazine bourguignon Miroir, puis retiré quelques minutes plus tard, fait le buzz. A raison, puisque le ministre, hiérarque du PS, s'y vante notamment d'avoir « effectué sa mue idéologique (…) depuis longtemps » et de se battre « depuis longtemps [il insiste, NDLR] pour une vision libérale de l’économie » .
« Le Parti socialiste est en pleine mue idéologique. Moi je l’ai effectuée depuis longtemps. Il faut donc l’expliquer. Il est très grave de voir des socialistes siffler un ministre lorsqu’il dit qu’il aime l’entreprise. Franchement, c’est quoi le socialisme ? Ce n’est pas la richesse pour chacun. »
Interrogé sur sa déclaration du 2 septembre demandant à Pôle emploi un renforcement du contrôle des chômeurs, François Rebsamen reconnaît que « ce fut un véritable tollé médiatique. Politique aussi » . Mais le ministre se flatte d'avoir été approuvé par « 60 % de la population » et se réclame de ce soutien sur d'autres sujets controversés, y compris la durée du temps de travail, un dossier que le Premier ministre a écarté, reprochant au PS un immobilisme que n'ont plus les Français :
« Ils ont conscience qu’il faut adapter notre système social, par ailleurs très protecteur : en renforçant les contrôles, en assouplissant les seuils, la législation sur les 35 heures, en autorisant le travail le dimanche. Ils sont bien plus en avance que nous sur la nécessité d’un certain pragmatisme en politique. Malheureusement, le Parti socialiste, ou du moins son secrétariat national refuse toutes ces avancées. Il ne veut pas  casser les tabous, se pose en garant de l’ordre social établi. » ****

Certes François Rebsamen n'avait pas prévu que les propos qu'il a tenus au journaliste du Miroir , Jérémie Lorand, seraient retranscrits. Grâce à Jean-Baptiste Chastand du Monde , qui a recueilli les explications de ce dernier et celles de l'attachée de presse du ministre, on peut aisément reconstituer la genèse de ce ratage. Un jour de septembre, le ministre qui veut qu'on parle de lui autrement qu'à chaque publication mensuelle des chiffres du chômage, reçoit des journalistes au ministère pour qu'ils fassent un reportage sur sa vie rue de Grenelle. Parmi les invités, les communicants du ministre ont prévu un représentant de la presse locale de la région d'élection de leur patron, histoire de satisfaire à une habitude bien établie : même appelé à Paris, un baron local doit régulièrement envoyer des « cartes postales » à ses électeurs. Ils n'avaient pas prévu que le journaliste local engagerait une discussion sérieuse avec François Rebsamen, qu'il connaît pour l'avoir souvent rencontré quand il était maire et sénateur de Dijon... Pas prévu, et pas maîtrisé. Du coup, quand l'entretien paraît, l'attachée de presse, qui l'a d'abord retweetée [l'a-t-elle seulement lue avant d'appuyer sur le bouton], tente maladroitement d'enlever tout caractère officiel aux propos de son patron : « Ce n'était pas une interview. (…) Il ne l'a d'ailleurs pas relue. » Comme s'il ne fallait porter crédit aux propos d'un ministre (enregistrés, atteste Jérémie Lorand) que lorsqu'ils ont été corrigés par ses collaborateurs et visés par la cellule de com' de Matignon...

Ce contrôle de la parole par les hommes de l'ombre fait trop souvent écran entre les convictions profondes de ceux qui nous gouvernement et les citoyens. Ces derniers, comparant les discours et les actes, en sont réduits à suspecter un double discours chez nos gouvernants, et ce doute est ravageur pour la démocratie. L'intérêt, si l'on peut s'exprimer ainsi, de l'entretien de François Rebsamen qui, malgré sa dépublication exigée, reste visible dans le cache de Google, est de confirmer cette suspicion. Il nous donne à voir, brut de décoffrage, l’idéologie vraie d'un fidèle de François Hollande1. Mais aussi, par ricochet, quelle est, par delà les masques (socialiste, social-démocrate...), la famille politique à laquelle se rattachent ceux qui nous gouvernent : un libéralisme très très éloigné de la gauche.


  1. « S'il faut être le dernier auprès de François Hollande, je le serai » , déclare-t-il dans l'entretien. 


Photo: BERTRAND GUAY / AFP

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