D’un crachat subventionné

Pour Christophe Barbier, les miséreux ont encore beaucoup à apprendre.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Dans son éditorial de la semaine, Christophe Barbier (CB), taulier de l’hebdomadaire l’Express (où l’État déverse chaque an, au titre des aides publiques à la presse, plusieurs millions d’euros), produit quelques propositions susceptibles, selon lui, de contribuer à l’amélioration des relations entre ses concitoyen(ne) s : nous, donc, les Françousques. Notamment : il préconise – jamais rien d’aussi formidablement novateur n’avait ainsi été brandi – plus de « mixité sociale ». Et d’expliquer : « Pour que les riches accueillent plus de pauvres dans leurs quartiers, il faut prévenir les premiers et former les seconds, car l’hospitalité s’organise et l’intégration s’apprend. » Puis de préciser, pour le cas qu’on n’aurait pas complètement compris sa tournure d’esprit : « Chacun doit remettre en question ses habitudes et sa manière de vivre, notamment ceux qui arrivent » – les gueux, donc.

Cette profération est intéressante, car il est après tout relativement rare que le mépris de classe tissé (serré) de présupposés hallucinés où l’éditocratie assistée pétrit sa logorrhée 1 se donne à voir si nettement. Pour CB, neffet, comme tu l’auras tout de suite relevé, il n’est pas question – cela ne lui effleure même pas l’entendement – d’imaginer que des riches aillent s’établir dans des zones dites pauvres –  no fucking way, René(e), faut quand même pas pousser mémé : c’est dans le sens contraire que le mouvement préludaire 2 au « mélange » social qu’il propose doit s’effectuer. En clair : c’est aux nécessiteux d’aller – pas trop nombreux quand même, suppose-t-on – s’ « intégrer » dans la villa Montmorency, 75016, Paris. Mais le pourront-ils ? Sauront-ils passer de leurs studettes séquanodyonisiennes aux penthouses des arrondissements fréquentables ?

C’est, juge CB, qui n’est donc pas peu progressiste, tout à fait possible – à condition toutefois qu’on leur améliore le savoir-vivre et leur enseigne l’usage de l’aisance domiciliaire. Car s’il n’est pas douteux, du point de vue du boss de l’Express, que les possédant(e) s retranché(e)s derrière les murs des beaux quartiers, dont l’immense bonté n’est plus démontrer, sont absolument disposé(e)s à les ouvrir à moins bien nanti(e) qu’eux – et n’ont besoin, pour ce faire, que de s’organiser ? Il n’est pas moins évident que les miséreux ont, de leur côté, beaucoup à apprendre encore (et beaucoup à dégrossir, devine-t-on, de leurs us et comportements), avant que d’être admis plus près des tables où ripaillent les riches.

Mais quant à moi, je crois cependant – et si je peux me permettre – qu’il ne messiérait point que l’on ne les éduquât pas non plus trop : car il pourrait, qui sait, leur venir aussi l’envie d’exiger que l’argent de leurs contributions ne soit plus jamais affecté au financement des crachats que leur expédie, toute dignité bue, l’éditocratie subventionnée.


  1. Je te rappelle que si tu as besoin de quelques allitérations pour ton prochain barbecue, tu m’écris, et je t’en ferai quinze pour le prix de seize. 

  2. « Délice ! » (Pierre Larousse, dictionneur). 


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.