Russie : Boris Nemtsov, après tant d’autres…

L’opposant s’inscrit dans une longue liste de victimes d’assassinats depuis douze ans.

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Abattu le 28 février par un tueur à deux pas du Kremlin, Boris Nemtsov n’est pas le premier opposant ou gêneur à périr de mort violente dans la Russie de Poutine. En mars 2013, c’est l’ex-oligarque Boris Berezovski qui était retrouvé mort dans un hôtel londonien. En novembre 2009, c’est l’avocat Sergueï Magnitski qui meurt en prison après avoir dénoncé la corruption de proches du régime. En juillet 2009, c’est le corps de la militante des droits de l’homme Natalia Estemirova qui est retrouvé en Ingouchie alors qu’elle dénonçait les exactions du pouvoir tchétchène pro-russe. En janvier 2009, c’est un avocat des droits de l’homme et une journaliste d’opposition qui sont abattus en pleine rue, à Moscou. Ce sera également le sort de la journaliste Anna Politkovskaïa, qui enquêtait sur les atteintes aux droits de l’homme en Tchétchénie. Il faudrait encore citer la mort par empoisonnement au polonium de l’ex-espion russe Alexandre Litvinenko, qui venait de prendre le thé, à Londres, avec deux ex-agents du KGB que les autorités russes ont toujours refusé d’extrader. Ou encore, l’assassinat du député Sergueï Iouchenkov, longtemps proche de Berezovski, tué par balles devant son domicile à Moscou. Autant d’affaires qui n’ont jamais été vraiment élucidées. En 2014, l’assassin d’Anna Politkovskaïa et ses quatre complices ont été condamnés à des peines de prison allant de douze ans à la perpétuité. Mais on ignore toujours le nom des commanditaires.

Au total, ce funeste bilan rend compte de l’état de la Russie de Poutine. Mais, comme en témoigne l’immense manifestation de dimanche, jamais un assassinat n’avait eu le même retentissement politique que celui de Boris Nemtsov, même si le meurtre d’Anna Politkovskaïa avait suscité une grande émotion. Nemtsov était l’un des chefs de file les plus en vue de l’opposition. Ultra-libéral, proche de Boris Eltsine, il avait favorisé, après le démantèlement de l’URSS, l’ouverture du marché soviétique à la finance internationale et, indirectement, l’avènement d’une oligarchie qui a largement pillé le pays. Même s’il n’a, semble-t-il, jamais été lui-même mêlé à des affaires. Mais il avait surtout la réputation d’un homme courageux, plusieurs fois emprisonné, et agressé, il n’avait jamais cédé. Ce qui lui valait un grand prestige dans une partie de la population. Il était l’adversaire de Poutine, mais aussi l’ennemi juré des ultra-nationalistes dans un climat de violence que le Président russe entretient à son profit. Et il dénonçait ouvertement la présence de soldats russes en Ukraine. Il était, selon nos critères, un homme de droite, démocrate libéral. Il était surtout un « occidentaliste ». Tout ce que Poutine et les nationalistes russes détestent.


Photo : Iliya Pitalev / RIA Novosti / AFP

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