Trois leviers pour la Grèce

La Grèce doit gagner du temps sans lâcher sur l’essentiel.

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La Grèce peut-elle sauver l’euro ? Cette question semble déplacée : son économie représente 3 % de la zone euro et le gouvernement grec affronte seul le bloc néolibéral constitué par la troïka et les 17 autres gouvernements de la zone, France comprise. L’affaire semble entendue : soit Syriza cède au chantage européen, et renonce à son programme de rupture avec l’austérité ; soit la Grèce quitte l’euro, de gré ou de force. Dans le premier cas, les perspectives de mouvements sociaux et celles de la gauche européenne s’assombrissent encore. Mais dans le second cas aussi : comment espérer que dans le contexte politique actuel, en Grèce ou ailleurs, la gauche serait mieux placée que l’extrême droite pour récolter les fruits politiques d’un repli national, suivi à terme d’un effondrement de l’euro et d’une désagrégation de l’Union européenne ?

Vu le rapport de force actuel, la Grèce ne peut pas gagner une guerre de mouvement contre l’UE. Elle doit donc lui imposer une guerre de positions : gagner du temps sans lâcher sur l’essentiel. Le débat que Syriza impose – enfin ! – dans les institutions européennes et, surtout, dans les espaces publics des différents pays européens ne fait que commencer. Si d’autres ruptures politiques – Espagne, Italie, Portugal ? –, si un krach financier majeur, si des mouvements sociaux d’envergure redistribuent les cartes idéologiques et politiques, la Grèce trouvera de nouvelles ressources dans une percée populaire européenne dont elle aura été l’avant-garde. Si au contraire, en allant rapidement vers l’épreuve de force, elle s’isole et cesse de nourrir le débat européen, le prix économique et surtout politique pourrait être élevé pour elle et pour nous.

C’est pourquoi on ne saurait reprocher à Tsipras de temporiser, tout en maintenant fermement la perspective du changement radical pour lequel il a été élu. Encore faut-il que le gouvernement grec prenne les initiatives politiques et économiques qui permettent de durer et de construire le rapport de force européen. Trois décisions pourraient instituer ce rôle de défricheur pour la Grèce. D’abord, une réforme fiscale qui fasse payer les riches. Ensuite, un audit de la dette publique qui démontre la perversité du « système-dette ». Enfin, la mise en place d’une monnaie complémentaire pour donner de l’oxygène et stimuler la relocalisation de l’économie. Les deux premières initiatives sont lancées. Quant à « l’eurodrachme », il ne s’agit évidemment pas d’une solution miracle, contrairement aux espoirs de certains mystiques de la monnaie. Il faut des conditions très rigoureuses – de rusticité et surtout de crédibilité et de confiance – pour qu’une monnaie complémentaire soit durablement acceptée par les consommateurs et les producteurs. Elle ne permet pas de faire l’économie d’une redistribution des richesses et d’une restructuration radicale de la dette. Mais si l’État garantit son acceptation pour le paiement des impôts futurs, et surtout si la population y voit un outil pour reconstruire les circuits économiques de première nécessité, développer les initiatives locales et restaurer un sentiment de dignité sociale et nationale, une monnaie complémentaire nationale peut donner au peuple grec un outil important dans son combat pour engager la refondation européenne.


Thomas Coutrot est membre du conseil scientifique d’Attac.

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