Espagne : « Une fenêtre historique »
La percée du rassemblement de la gauche et des mouvements sociaux est le résultat d’un réveil politique de la société face à la crise et au blocage institutionnel. De notre envoyé spécial à Barcelone.
dans l’hebdo N° 1355 Acheter ce numéro

Ses larmes de joie et son sourire sont un défi sans égal au Barcelone rutilant, vitrine mensongère d’une ville broyée par la crise sociale. Ada Colau, militante associative de 41 ans sans diplôme ni expérience politique, qui use ses chaussures dans des actions de rue depuis le début des années 2000, devrait prendre le 13 juin les clés de la deuxième ville d’Espagne. Les superlatifs manquaient dimanche soir dans l’usine réhabilitée où les militants de « Barcelona en comú » (Barcelone en commun), ivres de bonheur, ont célébré les résultats. Une victoire certes serrée (25,4 % contre 22,9 % au parti de droite indépendantiste), qui ouvre une période complexe de tractations politiques (lire ci-contre), mais qui n’a rien d’accidentel.
« Barcelona en comú » est le résultat d’un cheminement qui a profondément structuré la société espagnole. L’arrivée à maturité d’un mouvement apparu avec le « 15M » en mai 2011, connu en France comme le « mouvement des Indignés ». À Barcelone, sa partie la plus visible est le réseau de lutte contre les expulsions provoquées par les emprunts hypothécaires à taux variables qui ont explosé au visage des Espagnols en même