Migrants : débattre pour mieux les connaître

Le musée de l’histoire de l’immigration organise une série de débats. Le premier avait pour but de mieux cerner qui sont les « damnés de la mer » qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie.

Omar Belkaab  • 20 juin 2015
Partager :
Migrants : débattre pour mieux les connaître
© Le programme des manifestations du Musée de l'histoire de l'immigration est à découvrir sur son site internet: www.histoire-immigration.fr/

L’immigration n’est pas qu’une histoire de chiffres et de statistiques. C’est avant tout des histoires humaines et personnelles. Les participants au débat organisé par le musée de l’histoire de l’immigration, vendredi 19 juin, ont tenté de dresser le portrait des migrants qui, aujourd’hui, sont au cœur de l’actualité.

Lire > Les images de l’opération policière contre des migrants à Paris

Premier point mis en avant : les conditions de vie déplorables et insupportables que fuient les migrants. « Le drame humain ne se concentre pas uniquement en mer Méditerranée, il commence dès le début de leur périple » , affirme Camille Schmoll, géographe et maître de conférence à Paris VII.
« Les migrants n’ignorent pas les risques de leur voyage, mais rien ne les arrêtera. On peut dresser des murs ou vider la mer, ils y arriveront toujours » ajoute Carine Fouteau, journaliste à Médiapart et spécialiste du sujet de l’immigration.

Contrairement aux idées reçus, les migrants clandestins sont, pour la plupart, issus de la classe moyenne de leur pays d’origine car les plus pauvres ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour aller aussi loin. Un migrant paie en moyenne entre 4000 et 5000 euros pour voyager. Afin de rassembler une telle somme, ces personnes sont très souvent contraintes de vendre tous leurs biens, de s’endetter et ont parfois recours à la prostitution.

Carine Fouteau s’attaque à un autre préjugé en rappelant que les immigrés ne sont pas des illettrés. L’immense majorité a bénéficié d’une formation et dispose d’un important « bagage intellectuel » . Et Camille Schmoll d’ajouter que « le fait que ces personnes soient des victimes ne doit pas nous empêcher de voir toutes les ressources dont elles disposent et leur persévérance » . Des qualités qui peuvent contribuer au développement de leur pays d’accueil tout en favorisant leur épanouissement personnel.

Pour l’historien Benjamin Stora, toutes ces informations doivent être prises en compte par la société française et européenne pour mieux connaître les migrants et trouver les solutions idoines.

L’Europe face à l’immigration

L’immigration n’est pas un fait nouveau en France rappelle Benjamin Stora en évoquant les vagues d’Espagnols et d’Italiens venues se réfugier dans l’Hexagone au cours du siècle dernier. « La différence aujourd’hui, c’est que ce phénomène est beaucoup plus médiatisé. Pour les décideurs politiques, la question de l’immigration prend alors une toute nouvelle dimension » .
Camille Schmoll remarque que les crises migratoires sont de plus en plus fréquentes depuis « que l’Union européenne a fait de la mer Méditerranée une frontière. Pour renforcer le développement de la mobilité interne, elle a fermé ses frontières externes » .

Le président de France Terre d’Asile , Pierre Henry, déplore le refus d’anticipation de la part des autorités. Selon lui, il est temps de se poser la question suivante : « La France est-elle prête à envisager l’idée d’un camp de réfugiés sur son territoire » . Si oui, « de nombreuses normes doivent être appliquées » .

Que faire ?

Difficile d’apporter une solution concrète. Au cours du débat, seules des pistes de réflexion ont été évoquées. Pierre Henry souligne l’importance de « prévenir l’immigration » en travaillant avec les pays sources, de « sauver les vies en Méditerranée » et de faire preuve de « solidarité en protégeant les réfugiés » .

L’ensemble des intervenants s’accordent à dire qu’il faut contrer les discours anti-migration comme ceux que tient Nicolas Sarkozy en comparant la situation à une fuite d’eau. Pour Benjamin Stora, « le sentiment de peur face à l’immigration à toujours existé. Il faut inverser cette tendance et montrer qu’il ne s’agit pas d’une invasion » .

D’autres débats suivront celui-ci en étant plus axés sur les rapports entre immigration et guerre, réfugiés et travail.

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026 abonné·es

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis
La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition
Justice 19 février 2026 abonné·es

La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition

La cour d’appel de Paris devait se prononcer le 18 février sur l’extradition de deux militants antifas poursuivis dans l’affaire de Budapest. Si l’audience a été renvoyée au 18 mars, l’inquiétude liée au contexte politique français depuis le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, s’est fait ressentir parmi les soutiens.
Par Pauline Migevant
« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »
Entretien 19 février 2026 abonné·es

« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »

Un militant du collectif antifasciste La Horde analyse la manière dont les groupes qui luttent contre l’extrême droite sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, alors que des personnes militant à la Jeune Garde ont été interpellées suite à la mort de Quentin Deranque.
Par Olivier Doubre