À Rouen, l’académie refuse de scolariser des mineurs isolés et à la rue

Malgré un droit constitutionnel adoubé par la convention des droits de l’enfant, la scolarisation est une bataille au quotidien pour les jeunes exilés de la plus grande ville de Seine-Maritime. Depuis plusieurs mois, ils luttent face au refus de l’académie de les scolariser.

Louis Witter  • 16 octobre 2025 abonné·es
À Rouen, l’académie refuse de scolariser des mineurs isolés et à la rue
Manifestation du collectif des jeunes mineurs isolés de Rouen à Rouen, le 8 octobre 2025.
© Louis Witter

À la sortie du métro Saint-Sever à Rouen, ce mercredi 8 octobre, une cinquantaine de personnes se rassemblent sous un ciel gris. Sur le dos, quelques gilets floqués aux noms de syndicats, SUD Solidaires, Snuipp, FSU. Quelques étudiants aussi. Au mégaphone, béret sur la tête, un jeune garçon mène la foule : « Première, deuxième, troisième génération : nous sommes tous des enfants d’immigrés ! » Lui, c’est Lebon, un des membres fondateurs du CJMR, le collectif des jeunes mineurs isolés de Rouen.

Ce collectif a vu le jour le 2 mai 2025, porté par les jeunes eux-mêmes. Une lutte démarre alors aux pieds de la préfecture de Seine-Maritime pour demander une prise en charge. L’occupation du parvis est lancée. Trois jours plus tard, le collectif publie une lettre ouverte alarmante : « Nous voulons alerter sur nos situations, faire entendre nos voix et faire valoir nos droits. Nous sommes dehors, livrés à nous-mêmes, exposés aux dangers de la rue, à la faim, à la soif et au manque d’hygiène. Nous ne demandons pas la charité, nous voulons le respect de nos dignités et le droit à la protection des mineurs. »

Depuis ce jour, une vingtaine de mineurs se battent pour avoir accès à l’école, un droit pourtant consacré par la constitution française et la convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France en 1990. « Le problème de la lenteur du département, c’est que sans la reconnaissance de minorité, le rectorat refuse de nous affecter à des établissements scolaires », détaille Abdoulaye, 16 ans. À l’inverse d’autres départements en France, celui de Seine-Maritime indique ne pas pouvoir scolariser les élèves en attente de reconnaissance de minorité. En cause, l’absence de tuteur légal.

« Une sorte de mépris »

Pour Marie-Hélène, syndicaliste Sud Éducation 27 & 76 et participante

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Affaire Master Poulet : pour Karim Bouamrane, opération gentrification
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

Affaire Master Poulet : pour Karim Bouamrane, opération gentrification

Sous couvert de lutte contre la malbouffe, le maire de Saint-Ouen mène une bataille contre Master Poulet, une rôtisserie de la ville. Des débats polémiques qui mettent aussi en lumière la question de l’embourgeoisement.
Par Kamélia Ouaïssa
Comment l’État systématise la sécurité privée dans les CRA
Enquête 28 avril 2026 abonné·es

Comment l’État systématise la sécurité privée dans les CRA

Depuis mars, l’accueil des visiteurs du centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse-Cornebarrieu est assuré par des agents de sécurité privée dans le cadre d’un dispositif national d’externalisation. Une évolution qui interroge de nombreux acteurs tant sur le cadre légal que sur la carcéralisation des CRA.
Par Maxime Sirvins
En une année, 3 mosquées s’ajoutent aux 33 visées par un incendie depuis dix ans
Enquête 24 avril 2026

En une année, 3 mosquées s’ajoutent aux 33 visées par un incendie depuis dix ans

En mars 2025, Politis avait recensé au moins 33 mosquées ayant été la cible d’une tentative d’incendie. Depuis, au moins 3 autres ont été visées. Sans que les autorités n’agissent pour lutter contre l’islamophobie.
Par Hugo Boursier et Pauline Migevant
Face à l’extrême droite, Terrenoire replace la culture au bon endroit
Reportage 22 avril 2026 abonné·es

Face à l’extrême droite, Terrenoire replace la culture au bon endroit

Le duo de musiciens Terrenoire expérimente une tournée-prototype en prenant le temps de s’enraciner dans les territoires traversés et de rencontrer celles et ceux qui les habitent.
Par Vanina Delmas