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Projet contesté d'un Center Parcs dans le Jura

Le groupe Pierre & Vacances veut construire un grand parc hôtelier avec serre tropicale au cœur d’un petit village de Jura. Un projet dénoncé par l’association le Pic noir.

Alors qu’un arrêté du tribunal administratif de Grenoble a mis à mal le projet de construction d’un Center Parcs à Roybon (Isère), Pierre & Vacances poursuit sa volonté d’expansion.

Cette fois-ci, c’est Poligny, un petit village de 4 158 habitants dans le Jura, qui est dans le viseur du groupe. Pierre & Vacances espère y installer un Center Parcs à l’horizon de l’été 2019. Un énorme parc hôtelier de la taille d’une ville de 2000 habitants, composé de 400 cottages et d’une « serre piscine » chauffée toute l’année à 29 degrés Celsius. Et ce, même quand l’hiver jurassien avoisine les -25 degrés. Drôle d’initiative pour une entreprise sociale et solidaire, paraît-il soucieuse de la nature.

Illustration - Projet contesté d'un Center Parcs dans le Jura - Extrait du projet soumis au débat public.

A vrai dire, le projet était en bonne voie jusqu’à l’année dernière puisque la Région France-Comté, le Département du Jura et la commune de Poligny avaient accepté de signer le document d’intention de cette construction.

170 millions d'euros

C’est alors que des citoyens se sont rassemblés dans une association, le Pic noir, en mars 2014. Face à ces oppositions, les élus locaux et Pierre & Vacances se sont vus obligés d’organiser un débat public. D’avril à juillet 2015 plusieurs réunions et ateliers se sont enchainés sur des sujets comme l’impact local, sur la forêt, ou les retombées économiques du projet. La clôture du débat public, initialement prévue pour le 20 juillet, a été repoussée au 4 septembre. « Il y avait encore beaucoup de questions non résolues » , justifie Claude Brévan, la présidente de la commission chargée du débat.

Premier point de discorde, le coût exorbitant des travaux. La bagatelle de 170 millions d’euros, qui devra être financée à hauteur de 88 millions d’euros par le Jura, selon le Pic noir. Car ce sont bien les collectivités qui doivent amener aux portes du centre les réseaux tels que l’eau potable, l’électricité, le téléphone, la fibre optique et les routes. Une combine souvent utilisée par Pierre & Vacances, réputé pour son modèle économique basé sur les investissements, un capital sans risque et à très grande rentabilité.

« Nous récusons aux élus le droit de s’approprier des sommes d’argent public aussi énormes, c’est hors de question que nos impôts servent à financer des entrepreneurs privés » , a réagi Véronique Guislain, l’une des administratrices du Pic noir qui compte aujourd’hui 600 membres.

Illustration - Projet contesté d'un Center Parcs dans le Jura - Extrait du projet soumis au débat public.

D’autant plus que pour l’association, le projet de Center Parcs n’a aucun intérêt au niveau du tourisme. « On a bien assez d’atouts touristiques, des initiatives conviviales, authentiques, qui ne demandent qu’à être développées. On ne veut pas d’un tourisme business qui dévalorisera l’image du Jura ! » , s’alarme-t-elle. « Le Jura a une identité régionale forte, c’est vrai qu’un Center Parcs semble exotique pour la région, c’est une idée parachutée d’ailleurs », convient Claude Brévan.

Hauts risques de pollution

Mais surtout, les associations s’inquiètent de l’impact d’une telle construction sur l’environnement local. Poligny est située sur un plateau calcaire avec sous-sol karstique, c’est-à-dire que l’eau s’infiltre dans le sol sans être filtrée. En découlent de hauts risques de pollution. Les communes avoisinantes sont également sujettes à des pénuries d’eau chaque été. « Comment vont-ils chercher les 540 mètres cubes d’eau quotidiens nécessaires pour le Center Parcs ? » , s’interroge Véronique Guislain. Les réunions n’ont pas permis d’apporter des réponses à ces questions.

Au fil des discussions, Pierre & Vacances a néanmoins semblé consentir à repenser l’emplacement du Center Parcs ainsi que son point d’accès. L’accès ne se ferait plus par le petit village de Plasne, peu adapté à une circulation massive de voitures, mais par la RN5 par les Monts-de-Vaux. D’autre part, étant donné que le terrain sélectionné par Pierre & Vacances était la partie de la forêt la plus intéressante en boisement, la construction sera sans doute déplacée à un endroit moins boisé. « Ce ne sont pas de grandes concessions et on détruit toujours 100 hectares d’un espace naturel » , tonne Véronique Guislain.

Au fond, ce qui se cache derrière tous ces projets de Center Parcs, qu’ils soient à Roybon, à Poligny ou à Rousset en Saône et Loire, ce sont des intérêts économiques. « Les principaux arguments des élus sont les recettes fiscales à engranger en termes de taxe d’habitation et foncières » , décrypte Véronique Guislain. « C’est une manne financière importante, notamment un levier attendu par le milieu du BTP qui souffre » , explique Claude Brévan.

Pierre & Vacances a également promis la création de 300 nouveaux emplois le Center Parcs une fois ouvert. « Mais il faut voir quels emplois ! Ce sont des jobs précaires, le plus souvent en CDD ou en CDI à temps très partiel » , assure Véronique Guislain. « A Poligny, le chômage n’est pas énorme et les emplois proposés par Pierre & Vacances ne sont pas très bien payés , reconnaît Claude Brévan. Mais la mairie espère ramener du monde pour faciliter la reprise démographique et pour redynamiser le territoire » .

La commission du débat public rendra une synthèse des discussions fin octobre. Le groupe Pierre & Vacances aura ensuite trois mois pour indiquer s’il poursuit son projet en l’état, s’il le modifie ou s’il l’abandonne. A noter qu’il n’est pas tenu de suivre ce bilan et reste le seul décisionnaire.

Contacté, le groupe reste prudent sur ses positions : « Nous attendons le rapport de la commission pour voir si le projet va être amené à évoluer, pour l’instant nous restons à l’écoute » .

En attendant, les citoyens s’organisent. Plusieurs d’entre eux ont monté l’association Initiatives Développement Jura pour préparer un projet alternatif à celui du Center Parcs. Le tout pour moins cher tout en créant plus d’emplois. Et surtout, des alternatives à 100% respectueuses de l’environnement.


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