Le PS renonce à présenter un programme en 2017

Réunis en conseil national, les socialistes ont adopté une « feuille de route » qui laissera leur candidat faire campagne comme bon lui semble. Une décision qui est aussi une démission.

Michel Soudais  • 6 février 2016
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Le PS renonce à présenter un programme en 2017
© Photo: Michel Soudais

Les socialistes renoncent à écrire un programme pour la présidentielle, et donc aussi pour les législatives. C’est la décision la plus surprenante qui ressort du texte présenté par Jean-Christophe Cambadélis et adopté ce samedi par le conseil national du PS (97 voix pour, 41 contre, 18 abstentions). Ce serait une perte de temps, explique en substance ce document :

Notre parti n’a aucun intérêt à rejouer la pièce des élections précédentes, où le temps passé à discuter et à se disputer pour élaborer un programme est inversement proportionnel au temps que le candidat passe à le lire et à le reproduire.

Le PS assume donc qu’avoir un programme ne sert à rien puisque ses candidats ne l’appliqueront pas ensuite. Ce faisant les socialistes ne font que tirer les leçons du quinquennat de François Hollande et acter leur démission collective face aux renoncements et reniements de ce dernier. Le 28 mai 2011, le PS, alors dirigé par Martine Aubry avait adopté à l’unanimité au terme d’un long parcours commencé un an plus tôt et ponctué par quatre conventions nationales et huit forums thématiques, un projet, intitulé « Le Changement », sur lequel tous les candidats à la primaire socialiste, ainsi que les candidats aux législatives, étaient tenus de s’engager. On connaît la suite.

Relire En attendant les primaires…

Plutôt qu’un programme, et afin de ne pas paraître s’effacer totalement, le PS entend créer « un champ d’idées et de débats » histoire de fixer « les enjeux de l’action future ». Pour cela, le texte adopté qui établit sa « feuille de route pour 2016 » prévoit la rédaction de sept « cahiers de la présidentielle » et la tenue de deux conventions nationales : « Pour l’emploi, pour l’avenir » (avril 2016), « République, notre bien commun » (janvier 2017).

Fort logiquement, la direction du PS a également refusé de soumettre au vote une motion présentée par Christian Paul au nom de la motion B, « A gauche, pour gagner ! ». Elle réclamait le retrait dans le projet de loi constitutionnel de l’article 2 sur la déchéance de nationalité, contre laquelle se sont prononcées plusieurs fédérations comme celle de Seine-Saint-Denis à laquelle appartiennent les députés Bruno Le Roux, Claude Bartolone ou Elisabeth Guigou. « Si je n’ai jamais demandé au PS de prendre parti pour la déchéance c’est pour ne pas diviser le parti », a fait valoir Jean-Christophe Cambadélis. Ne pas prendre clairement position semble bien être devenu le nec plus ultra rue de Solferino.

C’est aussi le cas sur la primaire, abondamment évoquée au cours de ce conseil national. Les proches d’Hollande, dont les poids lourds du gouvernement, sont farouchement contre. La direction du PS, qui n’en voit pas l’utilité, ne veut pas donner l’impression de s’y opposer si cela peut permettre de rejeter la responsabilité de la division sur le Front de gauche. La motion B ayant adopté le week-end dernier un texte appelant le PS à participer à l’organisation d’une primaire des gauches à laquelle la motion D, menée par la députée Karine Berger, est également favorable, le taulier du PS a repoussé toute décision définitive au prochain « conseil national dans soixante jours ». Mais accepté un amendement de la motion D proposant « la création d’une commission nationale d’organisation de la primaire de la gauche et de préparation de la présidentielle ». Le point a été mis à l’ordre du jour du bureau national du PS lundi, et M. Cambadélis recevra jeudi les représentants de l’appel à la primaire des gauches, parmi lesquels le député écologiste européen Yannick Jadot. Cela n’engage rien.

Politique
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