Les femmes, premières victimes de la précarité de l’emploi

Léa Esmery  • 8 mars 2016
Partager :
Les femmes, premières victimes de la précarité de l’emploi
© Crédit photo: FREDERICK FLORIN / AFP

Si l’avant-projet de loi El Khomri concourt à la précarisation des salariés de manière générale, ce sont les femmes qui en feront le plus les frais. Les enquêtes statistiques montrent en effet que ce sont principalement elles qui occupent les emplois les plus précaires. À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, voici donc un petit tour des inégalités qui frappent encore et toujours le « deuxième sexe ».

Selon l’étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) baptisée « Regards régionaux sur l’égalité » et publiée à l’occasion de cette journée, les femmes réussissent certes généralement plus facilement que les hommes sur le plan scolaire, mais ces derniers sont toujours mieux lotis lorsqu’ils arrivent sur le marché de l’emploi. Celles-là héritent souvent de postes ne correspondant pas à leur qualification et sont, de plus, moins bien payées que les hommes. Au niveau national, l’écart se situe aux alentours de 19 %. Les femmes cadres ne sont pas épargnées puisqu’elles gagnent en moyenne 23,5 % de moins que leurs collègues masculins. En France, l’égalité salariale est donc bien loin d’être effective …

Les femmes sont cantonnées aux postes les moins valorisées, à savoir les emplois et les services. En plus de leur travail, elles doivent assumer la majeure partie des tâches domestiques. Selon une étude de l’Insee publiée en octobre dernier, en France les femmes y consacreraient 20h32 par semaine contre seulement 8h38 pour les hommes. Concernant les enfants, si les hommes sont plus enclins à s’en occuper depuis une dizaine d’années, les soins aux enfants, les devoirs et les trajets restent encore assurés à 65 % par les mamans. Le cliché de la femme au foyer semble encore avoir de beaux jours devant lui.

Mais la précarisation des femmes au travail est avant tout un phénomène mondial persistant. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) dans son rapport sur les tendances 2016 intitulé « Femmes au travail » réalisé sur 178 pays, constate que les femmes restent les premières victimes du sous-emploi, de la précarité et sont surreprésentées au sein de l’économie informelle. Triple peine donc. En chiffres, cela donne un écart de salaire entre homme et femme de l’ordre de 23 % et un pourcentage de femmes au travail atteignant 46 % contre près de 72 % pour les hommes. Depuis la Conférence mondiale sur les femmes de 1995, l’écart en matière d’emploi n’aurait baissé que de 0,6 %.

Un bilan en demi-teinte. Car si de manière générale de nets progrès ont été accompli en matière d’accès aux soins et à l’éducation, cela n’a semble-t-il amélioré en rien la situation des femmes sur le marché de l’emploi. Les raisons ne manquent pas : sous-évaluation persistante du travail accompli et des compétences requises, discriminations de tout genre, interruptions de carrière, obligations familiales… La précarité a un visage, et c’est celui d’une femme.

Travail Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Marche féministe nocturne : « L’antifascisme est une urgence et une nécessité »
Reportage 8 mars 2026 abonné·es

Marche féministe nocturne : « L’antifascisme est une urgence et une nécessité »

Depuis 2020, la Journée internationale des luttes pour les droits des femmes est précédée d’une manifestation organisée de nuit par des collectifs plus radicaux et liés entre eux par la lutte contre l’extrême droite. En pleine montée du fascisme, ce moment se révèle d’autant plus précieux.
Par Anna Margueritat
Dans les Hautes-Alpes, la préfecture systématise des pratiques illégales contre des demandeurs d’asile
Enquête 5 mars 2026 abonné·es

Dans les Hautes-Alpes, la préfecture systématise des pratiques illégales contre des demandeurs d’asile

Depuis janvier, plusieurs dizaines d’interdictions de circuler sur le territoire français ont été délivrées à des étrangers souhaitant demander l’asile en France et n’ayant pas de titre de séjour dans l’Union européenne. Une pratique illégale criminalisant les personnes étrangères, que la préfecture peine à justifier.
Par Pauline Migevant
Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »
Enquête 3 mars 2026 abonné·es

Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »

Cyberharcèlement raciste, appels haineux et menaces de mort : à mesure que la campagne des municipales s’intensifie, les candidat.e.s non blancs sont pris pour cible. Des attaques qui révèlent le quotidien des candidat.e.s racisé.e.s en politique.
Par Kamélia Ouaïssa
En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées
Analyse 27 février 2026 abonné·es

En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées

En centre de rétention administrative, les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont de plus en plus nombreuses. Parfois arrêtées directement à la sortie de l’hôpital psychiatrique, elles risquent, une fois en CRA, d’être placées à l’isolement. Ce qui aggrave leur santé mentale.
Par Pauline Migevant