Comment la guerre au Soudan révèle les failles du contrôle mondial des armes

Les massacres commis à El-Fasher illustrent une guerre hautement technologique au Soudan. Derrière le cliché des pick-up dans le désert, une chaîne d’approvisionnement relie Abou Dabi, Pékin, Téhéran, Ankara et même l’Europe pour entretenir l’un des conflits les plus meurtriers de la planète.


William Jean  et  Maxime Sirvins  • 7 novembre 2025 abonné·es
Comment la guerre au Soudan révèle les failles du contrôle mondial des armes
Sans l'internationalisation discrète de l’armement, ni les Forces de soutien rapide, ni l’armée soudanaise n’auraient la capacité de mener des sièges prolongés.
© Maxime Sirvins

Les colonnes de fumée qui s’élèvent de El-Fasher, au Soudan, et les massacres qui ont suivi ne sont pas seulement le signe d’une ville assiégée tombée aux mains du général Mohammed Hamdan Daglo dit « Hemetti » et de ses Forces de soutien rapide (FSR). Elles marquent l’aboutissement logique de deux ans et demi de guerre alimentée par un flux continu d’armes venues de l’étranger, en violation assumée ou contournée des embargos internationaux. Depuis la prise de la ville fin octobre, témoignages, images satellites et vidéos montrent des exécutions sommaires, des décapitations, des tortures, des personnes écrasées.

Mais derrière le cliché des pick-up et des kalachnikovs, les drones, l’artillerie et les obus qui pilonnent le pays révèlent une carte mondiale de fournisseurs, d’intermédiaires et d’enjeux politiques. Au centre de ce système : les Émirats arabes unis (EAU), la Chine, l’Iran, la Turquie, mais aussi l’Europe, dont certains équipements se retrouvent sur le champ de bataille soudanais.

El-Fasher, massacre annoncé et vitrine d’une guerre par procuration

Deux groupes armés, les Forces armées soudanaises (FAS) du général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane et les Forces de soutien rapide (FSR) d’Hemetti se livrent une guerre à haute intensité depuis 2023. Anciennement alliés, ils ont évincé les acteurs civils du gouvernement de transition mis en place après la révolution de 2019, qui avait lui-même renversé le régime trentenaire d’Omar el-Béchir.

Avant l’assaut final le 26 octobre 2025, El-Fasher, dernier bastion des FAS au Darfour, a subi plus de cinq cents jours de siège des FSR. Selon l’Unicef, jusqu’à 70 800 personnes ont été déplacées. Il n’y a pas d’informations sur le nombre de morts pour l’instant.

https://twitter.com/WarFrontIntel/status/1984836814008656205

« Nous avons reçu des vidéos choquantes ainsi que d’autres images montrant de graves violations du droit international humanitaire et des violations flagrantes des droits de l’homme », a déclaré Seif Magango, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

Quand les FSR entrent dans la ville, ce n’est pas une milice chaotique montée sur des pick-up bricolés : c’est une force lourde, dotée d’artillerie, de moyens de défense aérienne, de drones et de systèmes électroniques sophistiqués. C’est un tournant dans le conflit que l’on peut dater à un peu plus d’un an, selon Clément Deshayes, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement.

Pour une large part, ces équipements sont fournis, selon plusieurs enquêtes concordantes, par les Émirats arabes unis, à partir d’arsenaux émiratis ou de matériels chinois réexportés. Cette montée en gamme a rendu possible le siège prolongé, l’étranglement humanitaire, puis l’assaut final sur El-Fasher.

Un arsenal sino-émirati pour une guerre de haute intensité

Plusieurs investigations d’ONG et de médias spécialisés documentent la présence au Soudan d’équipements fournis ou réexportés par les Émirats au profit des FSR : véhicules blindés émiratis, systèmes de protection français et artillerie chinoise. Des bombes et obus d’origine bulgare sont aussi repérés sur le terrain, fournis via Abou Dabi, en violation totale des

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Monde
Publié dans le dossier
Soudan : l'horreur sous silence
Temps de lecture : 9 minutes

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