« Quand un prof se noie, il est souvent seul »

Sociologue de l’éducation, François Dubet explique en quoi le métier d’enseignant est devenu plus difficile, et ouvre des pistes de changement.

Ingrid Merckx  • 9 mars 2016 abonné·es
« Quand un prof se noie, il est souvent seul »
© **François Dubet** Directeur d’études à l’EHESS, professeur à Bordeaux II.Photo : MYCHELE DANIAU/AFP

L’école peine à se réformer, bloquée notamment par la défense du principe républicain d’égalité, estime François Dubet. Or, elle reproduit, voire accentue, des inégalités. Seuls une véritable formation des enseignants et un changement du mode de recrutement pourraient améliorer les pratiques et les conditions de travail.

Plan d’urgence, souffrance au travail, -violences, suicides… les enseignants sont-ils héroïques ?

François Dubet Un suicide est toujours tragique, mais son interprétation reste très compliquée. Les données de la MGEN [Mutuelle générale de l’Éducation nationale] relatives aux dépressions des enseignants montrent que la plupart n’ont pas d’origine manifestement professionnelle.

Par ailleurs, si l’on considère le métier d’enseignant d’un point de vue statutaire, il n’est pas frappé par le libéralisme le plus sauvage aujourd’hui. Cela dit, c’est un métier de plus en plus difficile. Pendant longtemps, les enseignants ont incarné une autorité qui tenait à celle de l’institution. Les maîtres étaient les représentants à la fois de la nation, de la culture et du progrès. Quand on a massifié l’école, l’ordre de la classe a été modifié. On est passé d’une école qui avait le

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Société
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