Edgar Morin : « Dénoncer ne suffit pas, il faut aussi énoncer une perspective »

À l’occasion de la parution d’un Cahier de l’Herne qui lui est consacré, Edgar Morin nous livre son analyse des bouleversements qui secouent la planète, entre les menaces écologiques et politiques et les espoirs nourris par les récentes mobilisations citoyennes.

Olivier Doubre  • 20 juillet 2016 abonné·es
Edgar Morin : « Dénoncer ne suffit pas, il faut aussi énoncer une perspective »
© Photo : Jalal Morchidi/Anadolu Agency/AFP

Né en 1921, il a fêté ses 95 ans le 8 juillet. Et il continue à se rendre presque chaque jour à son petit bureau lumineux de l’Institut des sciences de la communication, dont il est toujours président du conseil scientifique. Edgar Morin nous accueille -chaleureusement, assis derrière son ordinateur portable, chapeau de paille sur la tête. Mais il nous demande d’abord d’attendre un instant, cherchant quelque chose sur Internet avec sa collaboratrice. Soudain, une musique s’élève, et le sociologue entonne à pleins poumons les paroles du chant du « Quinto Regimiento », ce -Cinquième -Régiment de républicains -espagnols qui défendit Madrid des mois durant contre l’avancée des troupes franquistes. À la fin, Edgar Morin -s’enthousiasme des possibilités d’Internet, permettant d’exhumer une chanson révolutionnaire de sa jeunesse, enfouie dans sa mémoire. L’entretien peut commencer.

Auteur de dizaines d’ouvrages, celui qui est né Edgar Nahoum, d’un père juif immigré de Salonique en France et d’une mère originaire d’Italie, et qui prit le pseudo de Morin dans la Résistance, reste grandement attentif aux évolutions du monde. Révolté par le saccage écologique de notre « Terre-patrie », déçu par la « décomposition » d’une Europe demeurée « un nain politique », il garde cependant espoir dans les différentes formes de mobilisation et de solidarité qui émergent ça et là, même si un projet global ne se dessine pas encore. Tour d’horizon de l’actualité avec un grand penseur.

Quelques mois avant votre 95e anniversaire, est paru un Cahier de L’Herne Edgar Morin, sous la direction de François L’Yvonnet. Quelle a été votre réaction à cette prestigieuse publication ?

C’est une sorte de petite panthéonisation psychologique ! Cela me fait penser que, de mon vivant, je bénéficie déjà de quelques hommages posthumes [rires]. C’est comme recevoir des éloges funèbres qu’on ne peut pas entendre après sa mort. Il y a donc là une sorte de jouissance très particulière. De même, avec le Centre Edgar-Morin, je vis des événements posthumes de mon vivant !

Vous continuez donc à venir travailler tous les jours…

Autant que je peux. En ce moment, je travaille beaucoup car je prépare un nouveau livre. Et, quand je suis dans un livre, je suis un peu possédé par le besoin de l’achever.

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