Juppé le modéré  : un mythe

Souvent perçu à gauche comme « moins pire » que ses concurrents, Alain Juppé n’en incarne pas moins une droite ultralibérale et profondément réactionnaire.

Favori des sondages pour la primaire de la droite, Alain Juppé, 71 ans, se présente en vieux sage bardé d’expérience. En quarante ans de vie politique, il a collectionné les mandats électoraux – adjoint au maire de Paris, maire de Bordeaux, député européen, député – et occupé plusieurs postes ministériels, dont le premier d’entre eux. Au cours de cette « vie professionnelle », il a tout connu ou presque, la gloire et l’impopularité, les honneurs et l’humiliation. « La logique de ce parcours, confiait-il la semaine dernière dans Le Un, c’est naturellement de franchir la dernière marche qui manque. »

Candidat déclaré à la primaire de la droite depuis le 20 août 2014 (!), le maire de -Bordeaux séduit bien au-delà de son camp. Et pas seulement les parlementaires de l’UDI ou François Bayrou. Des électeurs de -François Hollande en 2012 envisageraient de voter pour lui, au moins dans le cadre de la primaire de la droite.

À l’instar de nombreux analystes ayant micro ouvert dans les médias, cet « électorat de gauche », comme le désignent les sondeurs, jugent « modérée » la ligne d’Alain Juppé, par contraste avec celle qu’incarne Nicolas Sarkozy. Et c’est d’ailleurs pour empêcher le retour de l’ancien président de la République que nombre de ces électeurs s’apprêtent à voter pour lui les 20 et 27 novembre.

Cette « tentation Juppé » sur laquelle Libération faisait sa une en décembre 2014 n’est pas tout à fait inédite. En mars 2009, Jacques Delors avait confié sur France Inter qu’il aimerait bien voir l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Édouard Balladur et Premier ministre de Jacques Chirac succéder à José Manuel Barroso, qui achevait son premier mandat à la présidence de la Commission européenne. Cependant, c’est avec l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP fin 2014 et la perspective d’un second tour opposant le candidat de la droite à Marine Le Pen en 2017 que l’attrait d’Alain Juppé sur une partie des électeurs de François Hollande a commencé à prendre corps. Non que ces électeurs soient subitement devenus « juppéistes », mais l’homme politique le plus détesté de France en 1995, porté par un habile storytelling, leur a semblé plus modéré que les autres représentants de sa famille politique. Moins pire.

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