Le plateau de Saclay sacrifié sur l’autel du Grand Paris

Présenté comme la future Silicon Valley française, le projet pharaonique du cluster Paris-Saclay aura de nombreuses conséquences sur l’agriculture, l’environnement et le patrimoine historique des alentours.

Adrien Monnanni  • 31 janvier 2017 abonné·es
Le plateau de Saclay sacrifié sur l’autel du Grand Paris
© Photo : Saclay Citoyen

Poumon vert de près de 5 000 hectares, le plateau de Saclay, situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris, compte parmi les terres les plus fertiles d’Île-de-France. Mais, depuis quelques années, les champs de blé, de colza et de maïs sont menacés par un projet de pôle technologique et universitaire. Ce « cluster », qui devrait regrouper d’ici 2020 le fleuron de la recherche et de l’innovation françaises (École normale supérieure, Polytechnique et CNRS, entre autres), doit amputer de près de 400 hectares les 2 700 hectares actuellement cultivés. Une situation intolérable pour les habitants et les associations locales qui, à contre-courant de « la communication enjolivée entourant ce projet », se battent pour sauver ces terres de l’urbanisation massive.

Un plateau aux atouts exceptionnels

Saclay Citoyen, un groupe d’action juridique formé en 2015, refuse fermement la « bétonisation du plateau », sur lequel 1 000 hectares de terres agricoles ont déjà disparu depuis 1982. Aux côtés de la fédération France Nature Environnement, l’association veille à défendre ces terres, sur lesquelles se développe depuis plusieurs années une activité agricole particulièrement riche et dynamique, de plus en plus tournée vers le bio. À Villiers-le-Bâcle, la boulangerie Le Fournil, alimentée en farine bio par la ferme du village, est un exemple représentatif de ces initiatives de circuit court. « L’implication citoyenne est ici très forte, souligne Cyril Girardin, chercheur en sciences du sol à l’Inra et président de l’association pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap) Les Jardins de Cérès. Les habitants du plateau sont particulièrement sensibles à cette proximité, comme l’attestent le succès des ventes à la ferme et la cueillette à la ferme de Viltain ! »

En 2002 et 2012, des audits patrimoniaux menés par un professeur de la Sorbonne ont confirmé le potentiel agricole du plateau et ont fait émerger des Amap ainsi que la société civile immobilière Terres fertiles, spécialisée dans le rachat de terres agricoles menacées. Ces études ont également rassuré les agriculteurs sur la pérennité de leurs exploitations, à la condition _sine qua non que la superficie de cet espace cesse d’être réduite.

1,16 euro le mètre carré

Depuis 2009 et l’inscription du projet de cluster

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Écologie
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

LGV Bordeaux-Toulouse : la vallée du Ciron toujours en travers de la voie
Reportage • 1 octobre 2026 abonné·es

LGV Bordeaux-Toulouse : la vallée du Ciron toujours en travers de la voie

Le territoire du sud de la Gironde s’apprête à subir les travaux préalables au chantier de la ligne à grande vitesse début octobre. Depuis une vingtaine d’années, habitants, associations et élus dénoncent les atteintes à cet espace jusqu’à présent partiellement préservé.
Par Romane Gentil
Environnement : Total multiplie les infractions au Texas
Enquête • 1 octobre 2026 abonné·es

Environnement : Total multiplie les infractions au Texas

À Port Arthur, une raffinerie du géant pétrogazier a écopé de plusieurs millions de dollars d’amende en vingt-trois ans pour avoir relâché des substances toxiques dans l’air. En 2026, l’agence de l’environnement texane a lancé de nouvelles procédures.
Par Orlando Vinson
« Le nucléaire a contribué à faire croire que l’on pouvait avoir une croissance matérielle infinie »
Entretien • 16 septembre 2026

« Le nucléaire a contribué à faire croire que l’on pouvait avoir une croissance matérielle infinie »

Docteur en philosophie des techniques, Ange Pottin s’évertue depuis une dizaine d’années à montrer que l’industrie nucléaire est profondément ancrée dans la terre par ses impacts. Loin de la vision hors sol qu’elle veut nous vendre.
Par Vanina Delmas
Chez les Écologistes, pas de frictions sur la fission
Analyse • 16 septembre 2026 abonné·es

Chez les Écologistes, pas de frictions sur la fission

Face aux enjeux climatiques, les forces pronucléaires gagnent du terrain. Mais du côté des Verts, la ligne est infranchissable, tant l’opposition à l’atome est un combat fondateur de l’histoire du parti.
Par Lucas Sarafian