EELV fait le pari Hamon

À la faveur d’un accord électoral, Yannick Jadot rallie le candidat socialiste. Mais quel avenir pour le parti ?

Patrick Piro  • 1 mars 2017 abonné·es
EELV fait le pari Hamon
© GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Leur candidat restait scotché à moins de 2 % des intentions de vote, il peinait à réunir ses 500 parrainages d’élus, et son maintien devenait anecdotique au sein d’une gauche éparpillée, dans une course présidentielle plombée par la menace Le Pen : avec le retrait de Yannick Jadot au profit de Benoît Hamon, Europe Écologie-Les Verts (EELV) peut se féliciter d’avoir plutôt bien tiré son épingle du jeu, se donnant l’image d’un parti responsable et actif dans le rassemblement. Et l’accord négocié avec l’équipe du frondeur socialiste est honorable : la plateforme commune signée par les deux candidats reprend une large part du programme de Jadot (voir encadré). S’y adjoint un accord électoral. Lors des législatives de juin, le PS soutiendra huit des députés du groupe écologiste qui se représentent [1] ainsi qu’une quinzaine de candidats adoubés par EELV dans des circonscriptions « gagnables » – mais parfois contre des « macronistes » issus du PS… – et dans une vingtaine d’autres actuellement à droite.

Un accord qui porte beau

Benoît Hamon a accepté le principe d’une nouvelle constitution effective lors de la prochaine mandature. Seraient ainsi instaurés la proportionnelle, un poste de vice-Premier ministre au Développement durable, le droit de vote des étrangers aux élections locales… Actés aussi : la sortie du nucléaire en vingt-cinq ans (bien qu’Hamon ne renonce pas à l’EPR !), une taxe carbone, l’abandon des projets d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure, d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, de ligne ferroviaire Lyon-Turin… Au niveau de l’Union : le rejet du Ceta et des accords de libre-échange, une convergence fiscale, 1 000 milliards d’euros d’investissements dans la transition énergétique… Pour l’économie circulaire : des plans « zéro déchet », la sortie de l’incinération, une TVA modulée selon la durabilité des produits… Pour la santé : l’interdiction des véhicules légers diesel en 2025, des pesticides et des perturbateurs endocriniens, le développement du bio dans la restauration collective… Côté social : l’abrogation de la loi travail et la création d’un revenu minimum d’existence accessible pour les 18-25 ans.

Consultés par Internet entre vendredi et dimanche dernier, les militants qui avaient désigné Yannick Jadot lors de la primaire écologiste début novembre ont approuvé l’accord à près de 80 %, avec un taux de participation à peine moindre (55 %, 9 400 votants sur 17 000 inscrits) qu’il y a deux semaines, quand une majorité similaire (90 % et 10 000 votants) avait donné mandat à leur candidat pour négocier un rapprochement à trois (incluant Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise). « Le soutien est sans ambiguïté », appuie Sandra Regol, porte-parole, qui ramène la contestation interne de l’accord à « trois ou quatre désaffections ».

Car l’opération a provoqué des remous à l’aile gauche du parti : jeudi dernier, Yannick Jadot avait annoncé son retrait avant même le lancement de la consultation ! « Une maladresse dont il s’est excusé, concède Julien Bayou, un autre porte-parole d’EELV. Mais si le “non” l’avait emporté, on aurait été bien embarrassés… » Élise Lowy, membre du bureau exécutif d’EELV, n’en démord pas. « Les militants ont été pris pour une chambre d’enregistrement. C’est une mise en scène, le retrait de notre candidat était préparé en amont, l’accord à trois n’a pas été sincèrement recherché. Nous aurions pu aller au bout des négociations ! » C’est-à-dire au-delà de la réception des formulaires de parrainage par les élus – fin février –, date butoir choisie depuis plusieurs jours par la direction d’EELV.

Les écologistes peuvent aussi se sentir floués par la révélation tardive (après qu’ils ont voté, est-ce un hasard ?) du dîner secret organisé entre Hamon et Mélenchon vendredi 25 février, où ce dernier a probablement enterré pour le compte tout accord à trois. Autre source d’agacement des plus radicaux : l’irruption en bout de course de l’accord d’une « cuisine électorale » faisant redouter le retour de la soumission au PS. La liste des circonscriptions « protégées » n’avait d’ailleurs pas été présentée au vote des militants : le PS tenait à en faire part auparavant à ses militants, notamment à Paris, où la situation était tendue. Contre l’avis de l’entourage d’Anne Hidalgo, EELV a défendu avec succès le maintien dans la très confortable 6e circonscription de Cécile Duflot (élue avec 72 % des voix en 2012) et négocie encore une deuxième place « réservée » dans la capitale, peut-être la 10e circonscription, où l’écologiste Denis Baupin, en démêlés judiciaires pour harcèlement sexuel, ne se représente pas. Le bruit a couru, irritant pour les écolos hostiles à la course aux postes, que Yannick Jadot l’aurait demandée pour lui, ce qu’il a démenti. Mais aussi bien la direction d’EELV que le PS verraient d’un bon œil que le député européen siège plutôt à l’Assemblée nationale.

Le parti écologiste peut néanmoins se satisfaire d’être en ordre pour la séquence électorale qui vient. Mais, si l’accord passé avec Hamon et le PS convertit à bon compte son faible potentiel électoral actuel, au sortir d’une année 2016 calamiteuse, EELV se trouve déjà aux prises avec son devenir. Quelle perspective pour un parti qui, pour la première fois depuis la candidature de René Dumont en 1974, sera absent de la présidentielle ? « Alors que nos idées deviennent aujourd’hui la matrice du logiciel de la gauche, c’est ingrat », déplore Julien Bayou, qui se console en valorisant EELV comme un « outil au service de l’écologie ». Dans un développement optimiste, l’accord avec le frondeur socialiste préfigurerait ainsi une recomposition à gauche. « La naissance de l’écologie politique à vocation majoritaire », veut croire David Cormand.

[1] Laurence Abeille, Éric Alauzet, Brigitte Allain, Isabelle Attard, Sergio Coronado, Cécile Duflot, Jean-Louis Roumégas et Eva Sas.

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