Retraites : François Bayrou entre en mode survie

Alors que le conclave sur les retraites se clôt sans accord, le premier ministre a choisi de lancer des dernières consultations à Matignon avec les syndicats et le patronat. La gauche prépare ses motions de censure.

Lucas Sarafian  • 24 juin 2025 abonné·es
Retraites : François Bayrou entre en mode survie
François Bayrou, à l'Hôtel de Matignon à Paris le 24 juin 2025, suite à l'échec de la conférence sur les retraites.
© ALAIN JOCARD / AFP

Dans un duel au pistolet, la victoire revient souvent à celui qui dégaine en premier. En politique, la règle est similaire. Peu après 22 heures le 23 juin, le conclave se termine. Aucun accord signé après quatre mois de discussions. Une demi-heure plus tard, le communiqué de La France insoumise (LFI) est diffusé sur les réseaux sociaux. Premier tir. À croire que les troupes de Jean-Luc Mélenchon s’y attendaient… « 116 jours à discuter de points de détails, avec un droit de veto accordé au Medef. La méthode Bayrou est un échec monumental », écrivent les insoumis.

Dans la foulée, Mathilde Panot, patronne du groupe mélenchoniste, envoie une missive à Cyrielle Chatelain, Stéphane Peu et Emeline K/Bidi et Boris Vallaud, ses homologues écologistes, communistes et socialistes. « Je vous propose de cosigner une motion de censure contre le gouvernement de François Bayrou », soumet Panot.

En vérité, l’initiative mélenchoniste s’explique aussi par leur impossibilité de déposer une motion de censure 100 % insoumise : 27 députés LFI ont atteint la limite maximale de trois signatures par session de ce type de motion. De ce fait, le groupe doit trouver 14 autres signatures, sur les 58 nécessaires, pour espérer faire tomber le gouvernement.

Sous pression, le premier ministre se doit de réagir. À 7 heures depuis l’hôtel de Matignon ce mardi 24 juin, François Bayrou refuse toute forme d’échec. « Dans la dernière ligne droite, on est arrivé très près d’un accord historique, dit-il. Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. »

Bayrou voit arriver les choses, mais il ne fait rien ou il a un temps de retard.

Une dernière chance. Le centriste convie les syndicats et le patronat à son bureau, convaincu que c’est au 57 rue de Varenne qu’une « voie de passage » peut être trouvée. « Il veut meubler, raille un député écolo. Il voit arriver les choses, mais il ne fait rien ou il a un temps de retard. C’est son côté Joe Biden. » « Il a tout de suite réagi en essayant de continuer la discussion parce que des choses étaient quasiment actées », le défend la députée Modem Perrine Goulet.

Gagner du temps

L’initiative ne calme pas la gauche. « Nous souhaitons que l’ensemble des groupes de gauche retrouve le chemin de la censure », implore Mathilde Panot, ce matin du 24 juin. « Le pape 'François 0' a finalement échoué dans ses subterfuges, grince le porte-parole du groupe Écologiste et social, Benjamin Lucas. Nous avons encore entendu ce matin un premier ministre qui veut gagner du temps. » De leur côté, les socialistes enragent. Ils considèrent depuis plusieurs jours que François Bayrou cherche à tout prix à éviter le Parlement.

Le 17 juin, le centriste, interrogé par le patron du groupe socialiste Boris Vallaud, avait déclaré : « Est-ce qu’il y aura un accord ou est-ce qu’il n’y en aura pas ? C’est ce que nous découvrirons à la sortie. Et j’ai dit que s’il y avait un accord, il serait soumis au Parlement. Et s’il n’y a pas d’accord, c’est la réforme telle qu’elle a été adoptée qui s’appliquera. C’est ce que j’ai dit ici sans changer. »

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