Plus un pas en arrière

Les misérables procédés des médias dominants, loin de défaire l’extrême droite, la servent à merveille.

Sébastien Fontenelle  • 10 mai 2017 abonné·es
Plus un pas en arrière
© photo : Philippe HUGUEN / AFP

Intéressons-nous maintenant aux éditocrates (et autres publicistes), mélangé(e)s de nombre d’élu(e)s (et autres politicien[ne]s), qui viennent de consacrer beaucoup de leur temps, durant les quinze derniers jours, à scander que Jean-Luc Mélenchon, en refusant d’appeler clairement et distinctement à voter contre l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle [1], a « fait le jeu » du Front national. Et demandons-nous si ces rudes sermonneurs vont désormais passer de cette ponctuelle fustigation, point complètement infondée [2], à quelque chose qui ressemblerait à un début d’introspection, ou de simple questionnement de leur propre responsabilité, infiniment – infiniment – écrasante, celle-là, dans ce qui a permis que la Pen recueille, ce 7 mai 2017, les voix d’onze millions d’électeurs, qui lui ont donné leur suffrage en toute conscience – et en parfaite connaissance de ce qu’elle était la candidate de la xénophobie [3].

Depuis des années : la presse et les médias dominants, à l’unisson de toutes les chorales « républicaines » de l’époque, banalisent quotidiennement les haros sociaux (eux les appellent des « réformes ») et les haines altérophobes (eux les camouflent sous des vocables contournés ou subvertis, où « la laïcité » se malaxe dans le même sale pétrin que « l’insécurité culturelle ») sur lesquels prospère le FN, en psalmodiant que c’est par ce moyen, et par celui-là seulement (plutôt que par ce qu’ils dénoncent, ivres de mépris et de morgue, comme des « postures morales »), que ce parti sera contenu, ou ramené à son étiage d’avant que les « socialistes » n’entreprennent de lui creuser des boulevards électoraux.

Or : la preuve vient – encore une fois – d’être faite, dans les urnes, et avec quelle terrible netteté, que ces misérables procédés, loin de défaire l’extrême droite, la servent à merveille.

L’on espère donc, évidemment, que les mêmes hautes figures qui ont, par d’incessants appels à resserrer toujours les licols qui tiennent les salarié(e)s et de constantes exhortations à se défier des musulman(e)s (liste non exhaustive), si assidûment œuvré à renforcer l’emprise du lepénisme sur d’immenses pans de la société vont dorénavant s’interdire ces vilenies éditoriales – ou tribuniciennes, tout aussi bien. Mais comme on les connaît : on sait qu’il va falloir les y aider un peu. En haussant de quelques tons nos réponses à leurs propagandes, et en ne laissant plus rien passer, jamais, de leurs mensonges dégueulasses : en arrêtant, pour le dire tout de go, de leur concéder nos patiences.

[1] Attitude qui m’a, pour ce qui me concerne, passablement écœuré.

[2] Nonobstant qu’elle était, venant d’eux – nous en sommes bien d’accord, mais ça va mieux en le redisant – saturée d’une phénoménale hypocrisie.

[3] De sorte que si tu as l’intention, dans les cinq années qui viennent, de me bassiner encore avec tes appels compassionnels à mieux mesurer le désarroi du pauvre-petit-blanc-déclassé-qui-vote-pour-les-fafs-pour-exprimer-sa-détresse-mais-qui-n’est-pas-vraiment-méchant : le mieux serait que tu passes tout de suite ton chemin, merci.

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De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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