Droits des femmes : grande cause, petit budget

Alors que les associations tirent la sonnette d’alarme, le secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes. reste flou sur le budget accordé aux droits des femmes.

Malika Butzbach  • 20 juillet 2017
Partager :
Droits des femmes : grande cause, petit budget
© photo : Martin BUREAU / AFP

L ‘égalité homme-femme est une grande cause du quinquennat », a martelé ce jeudi 20 juillet Marlène Schiappa lors de son audition au Sénat. La secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes était notamment attendue sur la question du budget accordé aux droits des femmes, au centre d’une polémique.

C’est un article du JDD, publié quatre jours auparavant, qui, relayant l’inquiétude des associations féministes, a lancé le débat. Le journal avançait une baisse de 30 % du budget dont dépendent les associations pour accueillir les victimes de violence et de harcèlement, comme une quinzaine d’entre elles l’ont exprimé dans une tribune commune.

Un démenti flou

Marlène Schiappa a immédiatement démenti une « fake news ». Elle a tenté de rassurer ses interlocutrices au Sénat en affirmant qu’il n’existe « aucun arbitrage budgétaire qui ait été rendu à ce jour concernant le secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes ».

La secrétaire d’État a cependant reconnu que « la baisse de frais structurels », a été demandée « à tous les ministères », sans donner davantage d’indications chiffrées. Ces derniers jours, elle et son entourage ont expliqué que la diminution des moyens impacterait les frais de fonctionnement du secrétariat d’État.

« Éviter les abus »

Cependant, les associations ont diffusé un projet de décret, émanant de la direction générale des finances publiques, qui mentionne une coupe de budget de 7,5 millions d’euros. Le chiffre annoncé par les associations, qui expliquent avoir obtenu ce document _« de manière officieuse mais de sources en lien avec le ministère ». Marlène Schiappa a assuré n’avoir pas connaissance de ce chiffre et que « les subventions en direction des associations ne baisseraient pas d’un euro ». Seule hic, « pour éviter les abus », le secrétariat d’État étudiera scrupuleusement les demandes de subventions. « Il n’y aura plus de reconduction automatique », a prévenu le cabinet de Marlène Schiappa.

https://twitter.com/carolinedehaas/status/887983144837808128?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E887983144837808128%7Ctwgr%5E336e5fd152029424fa9e694e21c61fdf63b3a110%7Ctwcon%5Es1_c10&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.politis.fr%2Farticles%2F2017%2F07%2Fdroits-des-femmes-grande-cause-petit-budget-37387%2F

Plus faible part du budget de l’État

C’est un nouveau coup porté à un budget déjà bien peu élevé. L’année dernière, alors que ce budget était de 26,9 millions d’euros, un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes pointait le fait que cette somme représentait 0,006 % du budget de l’État. « Tout le monde sait que le budget est bien en dessous des besoins, témoigne Véronique Séhier du Planning familial. Nous dépendons en majeure partie des subventions publiques. Sans elles, je ne sais vraiment pas si l’on pourra assurer la continuité des services d’aide et de prévention que nous proposons. »

Peu de temps après l’intervention de Marlène Schiappa au Sénat, Emmanuel Macron annonçait qu’à l’exception des armées, aucun budget ne serait augmenté pour l’année 2018. Une orientation qui ne présage rien de bon. Au revoir le candidat qui clamait « I’m feminist » et bonjour le Président aux 80 milliards d’économies.

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes
Violences • 13 octobre 2026

Maintien de l’ordre : 100 000 signatures et des années d’alertes contre les armes mutilantes

Après plusieurs mutilations de lycéens, une pétition réclame l’interdiction de plusieurs armes et techniques policières lors des manifestations lycéennes. Une demande loin d’être récente malgré des avertissements répétés, jusqu’aux Nations unies.
Par Maxime Sirvins
OQTF : « Ma plus grande peur, c’était de savoir si j’allais sortir de ce commissariat »
Entretien • 13 octobre 2026 abonné·es

OQTF : « Ma plus grande peur, c’était de savoir si j’allais sortir de ce commissariat »

Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, Fatima a eu peur de porter plainte après une agression subie en octobre. Le rejet de l’article 62 de la « loi intégrale » contre les VSS, lequel visait à protéger les femmes étrangères, ravive ses craintes quant à son droit d’être protégée.
Par Kamélia Ouaïssa
« Loi intégrale » contre les VSS : les femmes étrangères rejetées du texte
Analyse • 13 octobre 2026 abonné·es

« Loi intégrale » contre les VSS : les femmes étrangères rejetées du texte

Le 9 octobre, à l’Assemblée nationale, l’article 62 de la proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, lequel visait à protéger les femmes étrangères victimes de violences, a été rejeté. Les associations de terrain, elles, encaissent le coup avec un goût amer : celui de la trahison.
Par Kamélia Ouaïssa
Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »
Reportage • 8 octobre 2026

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »

Pour la première fois depuis le début du mouvement dans les lycées, l’université parisienne Panthéon-Assas a été bloquée. Parmi les étudiants en droit de la faculté historiquement marquée à droite, les débats ne manquent pas, dont le futur projet de loi du gouvernement.
Par William Jean