Autour d’André Gorz : Résister et inventer

Peu d’intellectuels ont pensé ces questions avec autant d’audace et de liberté qu’André Gorz, disparu il y a 10 ans. Au-delà du penseur de l’écologie politique, c’est l’homme libre, en perpétuel combat contre les idéologies et les préjugés, que nous avons voulu redécouvrir.

Denis Sieffert  • 15 septembre 2017
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Autour d’André Gorz : Résister et inventer
© photo : Fonds André Gorz/IMEC

Dix ans après la disparition d’André Gorz, le 22 septembre 2007, nos lecteurs vont pouvoir ici découvrir ou redécouvrir une œuvre créative et foisonnante d’une grande actualité, et qui, pour l’essentiel, touche à un sujet au cœur de l’histoire sociale : le travail. Si bien qu’en même temps qu’un hommage au philosophe épris de justice ce numéro hors-série de Politis se présente comme une invitation à la réflexion sur l’avenir du travail, envisagé dans toutes ses acceptions, à la fois en tant que rapport social propre au capitalisme et dans sa dimension anthropologique.

Comment accompagner les « métamorphoses » qui résultent de la robotisation ou de l’individualisation ? Quel rapport entretenons-nous avec cette activité qui, pour le meilleur ou pour le pire, occupe si intensément nos vies ? Peu d’intellectuels ont pensé ces questions avec autant d’audace et de liberté qu’André Gorz. Au-delà du penseur de l’écologie politique, c’est l’homme libre, en perpétuel combat contre les idéologies et les préjugés, que nous avons voulu retrouver au travers des contributions de quelques-uns des meilleurs auteurs [1], qui nous ont fait l’amitié de participer à ce numéro.

Les hasards du calendrier font que cet hommage rendu à l’auteur des Adieux au prolétariat intervient au moment même où les salariés se mobilisent contre la loi travail. On pourrait voir dans cette rencontre fortuite de l’actualité un démenti aux thèses de Gorz. Les manifestants d’aujourd’hui ne défendent-ils pas précisément ce « travail-emploi » en lequel il ne voyait qu’aliénation, et dont il contestait le pouvoir d’intégration ? La critique n’est pas infondée. Mais il est aussi évident que la résistance aux ordonnances d’Emmanuel Macron et la réflexion de Gorz sur l’avenir du travail se situent dans des temporalités différentes. Résister mais aussi inventer des formes nouvelles d’organisation sociale sont les deux faces d’un même combat. Sans la résistance, nous cédons aux avancées dévastatrices du libéralisme. Sans l’invention, nous laissons au capitalisme, à l’heure de l’ubérisation de nos sociétés, l’avantage de se parer des vertus trompeuses de la modernité et de l’imagination.

Résister mais aussi penser librement l’avenir : nous nous efforçons de placer cette double injonction au cœur de l’identité de Politis. C’est pourquoi, nous sommes particulièrement heureux de vous présenter ce numéro.

Un grand merci à toutes celles et à tous ceux qui nous ont fait profiter de leur savoir et de leur talent. Amis d’André Gorz, analystes, interprètes, et parfois critiques de son œuvre, héritiers intellectuels, ou tout cela à la fois, mais aussi politiques, comme Clémentine Autain et Benoît Hamon, ils nous livrent une riche matière à réflexion.

Et l’expression de notre gratitude à Christophe Fourel, qui nous a conseillés pour la conception et la réalisation de ce numéro.

[1] Voir en fin de numéro quelques-unes de leurs publications ainsi qu’une bibliographie d’André Gorz.

Société
Temps de lecture : 3 minutes
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