Qu’est-ce que le terrorisme ?

Le journaliste Nicolas Hénin convoque le droit et l’histoire pour cerner un concept souvent dévoyé.

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Lorsque le mot « terrorisme » sort de la bouche d’un dictateur ou du dirigeant d’une puissance coloniale, il sert surtout à stigmatiser des opposants. Poutine, Trump, Bachar Al-Assad, Netanyahou – pour ne citer qu’eux – en font un usage surabondant et évidemment tendancieux. Comprendre le terrorisme, de Nicolas Hénin, est donc un outil pédagogique précieux en ces temps de confusion et d’amalgame. L’auteur confronte toutes les définitions juridiques et sociologiques du concept pour en retenir l’essentiel : « L’usage de la violence par une entité non étatique, sur des cibles civiles, dans un but politique ». Ce qui revient à écarter, de façon discutable, la violence d’État, qui, dit-il, peut être « crime de guerre » sans être « terroriste ».

Le mérite de Nicolas Hénin est tout de même de montrer l’extrême plasticité du concept. Nelson Mandela n’était-il pas encore un « terroriste » pour les États-Unis alors qu’il était déjà prix Nobel de la paix ? Et quid des mouvements de résistance ? Où classer le Hamas palestinien ? Et le FLN algérien au temps de la guerre d’indépendance ? Et que dire des mouvements kurdes, « terroristes » quand ils revendiquent un État mais portés au pinacle quand ils luttent contre Daech ? L’affaire se complexifie encore lorsqu’il s’agit du jihadisme islamique.

L’ancien journaliste du Point et de Radio France sait de quoi il parle. Spécialiste du Moyen-Orient et du monde arabe, il fut lui-même otage d’un groupe jihadiste à Raqqa de juin 2013 à avril 2014. Il met un peu d’ordre dans un discours médiatique qui ne manque jamais de confondre les « islamistes », principalement les Frères musulmans, et les jihadistes issus d’une branche du salafisme. Les uns revendiquant un islam politique, les autres s’engageant dans le terrorisme. Il se penche sur le cas de l’Égyptien Sayyid Qutb, qui a rompu avec les Frères musulmans pour prôner l’action violente.

Hénin analyse et dissèque. Il réfute l’idée très répandue chez nous selon laquelle les dictatures arabes seraient un « moindre mal », alors qu’en réalité elles nourrissent le terrorisme, comme on a pu le voir en Syrie ou, vingt ans plus tôt, en Algérie.

Au passage, Hénin conteste que nous soyons « en guerre » et met en garde contre des mesures d’exception qui bradent les principes démocratiques. « Et si le terrorisme, finalement, était un mal qui se nourrit des remèdes qu’on administre pour le combattre ? », demande-t-il. Une « maladie auto-immune » ? Il dénonce les pièges de « la guerre mondiale contre le terrorisme ». Ce n’est pas parce que des mouvements se réclament de la même mouvance qu’ils ne sont qu’un même phénomène, au Yémen, au Levant, en Afghanistan ou au Sahel. Il faut donc surtout s’intéresser aux crises qui assurent le succès du recrutement des groupes jihadistes.

Comprendre le terrorisme, Fayard, 273 p., 18 euros.


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