L’internationale des gens qui « travaillent bien »

Dans Nul homme n’est une île, Dominique Marchais montre deux expériences de « bon gouvernement », l’une en Sicile et l’autre dans le Vorarlberg, en Autriche.

Christophe Kantcheff  • 4 avril 2018 abonné·es
L’internationale des gens qui « travaillent bien »
photo : Alberto, de la coopérative sicilienne Galline Felici.
© Zadigfilms
https://youtu.be/cBnc6XR7myU

La séquence d’ouverture de Nul homme n’est une île est exemplaire. On entre dans la salle du Conseil du Palais communal de Sienne, en Italie, où le peintre Ambrogio Lorenzetti a peint en 1338 une fresque en deux parties : d’un côté, le bon gouvernement ; de l’autre, le mauvais. Bien qu’exécutée au Moyen Âge, période considérée aujourd’hui comme un bloc d’obscurantisme, cette fresque est très avant-gardiste. Outre que Dieu y est relégué à la portion congrue, les affaires de la cité y sont conduites par une vingtaine d’habitants, d’un poids décisionnaire égal, désignés par les citoyens. Le bon gouvernement se juge avant tout à ses effets sur les hommes et sur le paysage, que le peintre, dans un continuum harmonieux, montre englobant la ville et la campagne.

Dominique Marchais met ses pas dans ceux de Lorenzetti. Ses deux premiers films, Le Temps des grâces (2010) et La Ligne de partage des eaux (2014), concernaient le mauvais gouvernement. Avec ce nouveau film, le cinéaste donne des exemples de ce qu’il tient pour un bon gouvernement. Ce sont avant tout des citoyens qui s’organisent pour décider et agir ensemble, avec pour premières préoccupations redonner un sens à ce qu’ils font et améliorer la qualité de vie. Trois exigences sont réunies : démocratique, sociale et écologique.

Dominique Marchais explore deux entités en Europe aux caractéristiques a priori très différentes. D’abord, en Sicile, sur un territoire vérolé par la grande distribution, c’est la coopérative Galline Felici, productrice d’agrumes, en voie de diversification. Lancée par de beaux personnages comme Alberto ou Barbara, têtes politiques pas du tout nostalgiques de leurs « illusions » de jeunesse mais, au contraire, mettant en œuvre leurs idéaux dans une utopie en acte, rationnelle et efficace. Ensuite, ce sont des villages sur la frontière suisse et dans le Vorarlberg, région autrichienne ayant su adapter ses institutions pour croiser les matériaux locaux (le bois en particulier), l’ingéniosité artisanale et l’innovation -écologique.

En un plan – des musiciens en costume traditionnel dans le Vorarlberg, dont le film montre pourtant à quel point cette région est en avance –, Nul homme est une île se garde de toute simplification. C’est l’éthique d’un cinéaste pour qui la rigueur de la réflexion interdit les images réductrices. Mais n’exclut pas la

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Cinéma
Temps de lecture : 10 minutes