Le plan Borloo vole au vent

Emmanuel Macron n’a pas retenu grand-chose du plan de l'ancien ministre pour les banlieues, misant tout sur la réussite individuelle.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


En comparant les quartiers populaires urbains aux « bassins industriels en crise » ou aux « zones rurales », ou encore à « une partie des Outre-mer », Jean-Louis Borloo situe l’enjeu des politiques publiques là où il se situe, à échelle de « 10, 15 millions de nos compatriotes ». Le 26 avril dernier, il avait annoncé 19 mesures. Certaines nécessaires depuis longtemps attendaient une vraie volonté politique, c’est-à-dire un budget solide (rénovation urbaine, déploiement de services publics de la petite enfance à l’emploi) ; d’autres plus originales, comme cette création d’une école des élites, sorte d’ENA parallèle inventée pour ne plus passer à côté des intelligences que le système scolaire ne perçoit ni n’encourage.

En ancien ministre averti, Borloo sait qu’on peut faire tous les plans Marshall du monde : sans argent, il ne reste que le souffle des mots. Du vent. Son plan représentait ainsi près de 50 milliards de dépenses. C’est considérable, mais nécessaire tant il est vrai que l’investissement public ne se contente pas de réaliser une politique, il entraîne une dynamique de création d’emplois (et de cotisations) en drainant tout un écosystème vertueux qui l’accompagne.

En libéral convaincu, Borloo connaît sa formule : prendre au public pour donner au privé. C’est ainsi qu’il proposait de financer une partie de ces ambitions à partir de 50 % des recettes des… privatisations annoncées par le gouvernement, et d’autres à venir. C’est cohérent, mais stupide : car non seulement on ne privatise qu’une fois, mais on affaiblit un peu plus l’État quand on déleste celui-ci de certaines entreprises stratégiques ou d’utilité publique. Ce qui est le cas d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux : le premier ne serait-ce que pour des raisons de sécurité publique, la seconde parce qu’elle pourrait, sur la base d’un prélèvement annuel, financer des politiques publiques.

En centriste conséquent, Jean-Louis Borloo avait – malgré ces critiques – su réunir autour de son « Plan banlieues » les maires de droite et de gauche. On a failli croire que c’était possible.

En vain. Emmanuel Macron n’a pas retenu grand-chose (sauf les privatisations, qui, elles, restent à l’agenda) mais entendu les critiques qui déploraient l’absence de mesures contre l’islamisme radical. Les maires auront donc accès aux données les plus menaçantes. Pour le reste, il reste persuadé que ce qui marche, c’est la réussite individuelle (cherchez le modèle). Et a annoncé, tenez-vous bien, « une philosophie », une « méthode » pour « une politique d’émancipation ». Le souffle des mots.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.