Pour une radicalité pacifique

S’insurger est un droit, et même un devoir. Mais, aujourd’hui, nous pensons qu’il est urgent de défendre la radicalité dans sa version pacifique.

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Avec la bêtise de celui qui pense et gouverne par la force, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a explicitement réitéré, mardi 19 mars au micro de France Inter, sa doctrine d’affrontement direct et la légitimation de l’usage des LBD, quoi qu’il en coûte. Notons au passage qu’il affirme décider seul de cette doctrine française de maintien de l’ordre. En plein « grand débat », voilà un autre sujet qui ne souffrira aucune discussion démocratique. Autoritaire et hyper sécuritaire, cette crispation est exactement ce que cherchent les black blocs et autres théoriciens de pacotille, qui croient que la violence réciproque de l’État et des forces sociales mobilisées nourrit un terreau favorable à la destruction du capitalisme et de l’État bourgeois. Comme tous les manipulateurs, ils savent que les imbéciles ou les esprits fragiles ne manquent pas pour nourrir des bataillons enivrés par l’excitation de l’émeute, des pillages et de la castagne. Ce sont d’ailleurs souvent ceux-là qui se font attraper par la police…

Cette stratégie infantile est contraire aux intérêts démocratiques et sociaux du grand nombre. Dans l’immédiat, au moment même où l’opinion commençait à basculer contre les violences policières, voilà que les chaînes (dites) d’information en continu reprenaient leur pornographie sur les violences, et leurs commentaires apeurés (et pour faire peur), généralement cultivés par ce genre de médias ; évidemment, cela pénètre dans les têtes. Mais invoquer la violence capitaliste – qui reste la plus grave de toutes, et notre principale adversaire – pour justifier de tout casser ne mènera pas loin. Pas plus d’ailleurs l’argument – le plus construit néanmoins – selon lequel « si l’alternative était possible, il ne fait pas de doute que la voie pacifique serait préférée » (1).

S’insurger est un droit, et même un devoir. Mais, aujourd’hui, nous pensons qu’il est urgent de défendre la radicalité dans sa version pacifique. De ce point de vue, nos regards se tournent plus volontiers vers le collectif Vérité et justice pour Adama, les vendredis verts, le mouvement féministe. Si ce n’est vers la Tunisie de 2011, l’Algérie soulevée contre le système Bouteflika, les États-Unis de Martin Luther King, l’Inde de Gandhi… Des mouvements on ne peut plus radicaux.

(1) « Rendre son acuité au concept de révolution », Georges Labica, mars 2003, repris en mai 2016 sur le site revueperiode.net sous le titre « Sur la violence révolutionnaire ».


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