Brexit or not Brexit : l’UE est inapte

Les dirigeants européens restent plus que jamais incapables dans ce moment où les égoïsmes nationaux ont le vent en poupe.

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Si les jours de Theresa May au 10, Downing Street semblent comptés, ceux qui nous séparent d’un Brexit effectif ne semblent pas prêts de se clore. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le Parlement britannique n’a pas encore voté sur l’accord amendé que la Première ministre a négocié avec Bruxelles, ni sur les deux autres options en cas de rejet de ce dernier : un départ sec (« no deal ») ou un report (1). Davantage préoccupée par les bisbilles internes du parti conservateur que par les conditions sérieuses d’une séparation à l’amiable avec l’Union européenne, May donne chaque fois des gages aux plus durs de son camp, tout en espérant ne pas avoir à porter le fardeau d’un échec politique.

Il faut dire que dans cette affaire tout le monde proclame son intention de « respecter le vote des citoyens britanniques » tout en créant les conditions d’un « no deal »… Cette zone de flou à durée indéterminée nourrit toutes les hypocrisies, chez les partisans comme chez les adversaires du Brexit. Au fond, tout se passe comme si chacun souhaitait escamoter les négociations, y compris à la tête de la Commission européenne.

Jean-Claude Juncker a d’ailleurs clairement affirmé, lundi 11 mars : « Il n’y aura pas de troisième chance. C’est cet accord ou le Brexit pourrait ne pas avoir lieu du tout. » Une déclaration qui sonne comme une intention… Assorti de nombreuses « périodes de transition » et autres exceptions sectorielles, l’accord préserve certes l’unité de l’Irlande, mais permet surtout aux Britanniques de rester dans l’espace économique européen… à leurs conditions : indépendance commerciale, agricole et halieutique, fin de la liberté de circulation, retour de la souveraineté politique… Cet accord pourrait même être in fine très favorable aux Britanniques, qui ont toujours su, avec l’UE, cultiver leur intérêt singulier tout en étant embarqués à moindre frais. Le constater n’est pas leur faire un mauvais procès, car, après tout, ils sont effectivement souverains. La critique s’adresse plutôt aux dirigeants européens, qui restent plus que jamais incapables dans ce moment où les égoïsmes nationaux ont le vent en poupe. Et pour cause, leur seul modèle économique libéral n’est que le terreau des inégalités, des rancœurs et des replis.

(1) Les 27 autres membres de l’Union européenne devront cependant valider également le vote du Parlement de Westminster à l’unanimité.


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