Un juste, un géant

Qui connaissait vraiment Paul Bouchet, cet homme pourtant hors norme ?

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Le 25 mars dernier, Paul Bouchet est mort dans une globale et injuste indifférence, à l’âge de 94 ans. Qui le connaissait vraiment, cet homme pourtant hors norme ? Entré dans la Résistance et chez les maquisards à l’âge de 17 ans, il y a forgé et conçu ses convictions humanistes, qu’il n’a cessé de cultiver depuis. Homme d’action contre les troupes d’occupation et les collabos, il était pourtant de ceux qui, à la Libération, refusaient – et empêchaient – les exécutions sommaires et les humiliations publiques comme moyens d’exercer la justice.

C’est aussi dans la Résistance qu’il apprit la force qui peut naître du rassemblement des bonnes volontés par-delà les inclinations partisanes. Corédacteur de la fameuse Charte de Grenoble en 1946, qui théorise et consacre le syndicalisme étudiant, il s’engage à l’Unef – dont il avait combattu la direction et son apolitisme coupable – et met un pied dans le mouvement mondial d’émancipation, et d’abord de la jeunesse, à laquelle il a toujours été fidèle. Lui n’a pas vieilli comme un vieux con. « Le rêve de ma vie, c’est de regrouper les jeunes ouvriers, les jeunes paysans et les jeunes intellectuels (1). » Il l’avait d’ailleurs réalisé en partie, réussissant, dans les années 1960, le pari fou de la transformation des ruines du château de Goutelas (2) en ruche d’intelligences où se mêlèrent femmes et hommes de toutes conditions sociales.

Son souci des autres était d’abord tourné vers les plus pauvres. Avocat, il défendit les Algériens durant la guerre d’indépendance, puis milita pour la création de ce qui devint l’aide juridictionnelle. Président du fonds d’aide sociale pour les travailleurs immigrés, il fut ensuite – de 1998 à 2004 – président d’ATD Quart Monde, après avoir présidé le Conseil consultatif des droits de l’homme. Respecté, il fut désigné à de nombreuses reprises comme médiateur, à la prison de Bois-d’Arcy en 1981, lors de conflits sociaux comme sur les chantiers de Saint-Nazaire en 1989 ou encore lors du premier gros conflit impliquant les sans-papiers (1995, Saint-Bernard).

De la trempe, à tout le moins, de Stéphane Hessel ou de Simone Veil, ou encore d’Henri Leclerc – un des derniers encore en vie de cette génération –, Paul Bouchet lègue une vie de combat, dont le sens et les inspirations ne s’éteignent pas (3).

(1) Entretien du Germe [Groupe d’études et de recherches sur le mouvement étudiant] avec Paul Bouchet, 1995. Archives.

(2) chateaudegoutelas.fr

(3) Mes Sept Utopies, Paul Bouchet, L’Atelier, 2010.


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