Macron : Il ose tout, et c’est à ça qu’on le reconnaît

TRIBUNE. Des membres du conseil scientifique d’Attac, Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Aurélie Trouvé, dénoncent la duplicité d’Emmanuel Macron.

Collectif  • 3 mai 2018
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Macron : Il ose tout, et c’est à ça qu’on le reconnaît
© photo : JOEL SAGET/AFP

À peine un an a suffi pour qu’Emmanuel Macron abatte son jeu. Un jeu ouvertement à droite toute : de l’économique au financier, du social à l’écologique et du politique au culturel. Servi un temps par une macronmania médiatique qui a cru voir en lui un philosophe, le Président a vite révélé qu’il était là pour parachever l’œuvre déjà bien amorcée par ses prédécesseurs : restructurer en profondeur la société pour encore mieux insérer la France dans le capitalisme mondial débridé, en la transformant en une start-up débarrassée de toutes « contraintes » sociales. Le mystificateur « en même temps » de gauche et de droite n’a vécu que le temps d’une campagne électorale.

L’imposture philosophique éclate au grand jour lorsqu’est promu en valeur suprême l’impératif du marché et que sont honnis les droits sociaux, considérés comme des rigidités du « monde ancien ». La vacuité du discours sur le ruissellement de la richesse des « premiers de cordée » vers des sans-grade traités de « fainéants » pourrait faire sourire s’il ne se traduisait pas concrètement par 7 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches, notamment par la suppression de l’ISF, tandis que les salariés et les retraités en bas de l’échelle sont appelés à participer à « l’effort collectif ».

Emmanuel Macron maquille son hostilité aux régulations sociales et politiques et aux institutions intermédiaires par un appel à la société dite civile. C’est une supercherie, car la société civile macronienne est réduite à une caste formée à l’Assemblée nationale par des représentants quasi exclusifs des classes supérieures et, dans les cabinets ministériels, par les représentants de l’oligarchie financière.

La première grande « réforme » d’Emmanuel Macron a donné le ton du quinquennat. Les ordonnances « travail » de 2017 ont parachevé la loi El Khomri de 2016 : la hiérarchie des normes inscrite dans le code du travail est abandonnée au profit de la priorité donnée à la relation salariés/employeurs au plus près de l’entreprise, c’est-à-dire là où le rapport de force est le plus défavorable aux salariés – hommes et surtout femmes –, d’autant plus que les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sont supprimés et que toutes les instances représentatives du personnel sont regroupées en une seule avec moins de moyens.

Ainsi, le « nouveau monde » de Macron n’est que l’habillage de la gestion néolibérale de la main-d’œuvre. Gestion qui va du néotaylorisme aux nouvelles méthodes managériales visant à faire adhérer le travailleur aux objectifs de l’entreprise, c’est-à-dire à le défaire de son savoir, de son savoir-faire et de son savoir-être. Habillage trompeur, bien sûr, d’un projet délétère de destruction à petit feu des services publics, au nom de la diminution des dépenses publiques, signifiant un hôpital qui souffre et une école qui se dégrade. Le démantèlement en cours de la SNCF est le comble du renoncement à une transition écologique, et il faut être pétri de suffisance, d’arrogance et de mépris de classe pour imputer aux cheminots et aux fonctionnaires la cause de tous les malheurs de la France.

Comme si cela ne suffisait pas, ce gouvernement véritablement de droite a mis en œuvre une politique très répressive vis-à-vis des migrants, accompagnée d’une dénonciation des associations qui les aident. Il mène une offensive policière et militaire violente contre les zadistes à Notre-Dame-des-Landes. Que ne ferait pas le président Macron pour rallier l’électorat le plus conservateur, voire réactionnaire ? Le dernier acte est le discours anti-laïque qu’il a prononcé devant les évêques catholiques : « Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et il nous importe à vous comme à moi de le réparer. » Comment peut-on recréer un lien que la loi de 1905 s’est attachée justement à rompre ? Il ne faut pas seulement voir dans cette déclaration une incohérence absurde. Elle est le signe d’un projet global qui est plus que politique, car il vise le culturel : il désigne une contre-civilisation au sens propre du terme, où il n’y a plus que des individus atomisés. Thatcher la voyait en rêve, Macron veut la réaliser. Il ose tout, et c’est à ça qu’on le reconnaît.

À lire >> L’Imposture Macron. Un business model au service des puissants, Attac et Fondation Copernic, LLL.

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