En soutien aux migrants, 348 gilets de sauvetage déversés devant le Sénat

Des militants solidaires des réfugiés ont mené une action symbolique contre le projet de loi Asile et immigration, examiné par les sénateurs à partir de ce mardi.

Daryl Ramadier  • 19 juin 2018
Partager :
En soutien aux migrants, 348 gilets de sauvetage déversés devant le Sénat
© Photos : Daryl Ramadier

Du bleu-blanc-rouge à l’orange : le square Francis-Poulenc, qui fait face au palais du Luxembourg, était ce mardi recouvert par 348 gilets de sauvetage. Le collectif Accueil de merde, à l’initiative de cette action, entendait « interpeller élus et citoyens au moment où le projet de loi Asile et immigration entre en discussion en séance au Sénat ». À chaque sénateur – au nombre de 348 – correspondait un gilet, afin de « leur rappeler leurs responsabilités ». « Les gilets de sauvetage ont une charge émotionnelle, explique Josselin Tricou, représentant du collectif. Ce sont les gilets des plages de Lesbos et Lampedusa, où les gens viennent mourir. Comme ils ne meurent pas dans nos rues on s’en fout, donc nous voulons ramener ça sur la place publique ». La pile était aussi là en tant que « mémorial temporaire », pour les 35 000 migrants décédés en essayant de rejoindre l’Europe depuis 1993.

Contesté à l’Assemblée, le texte de loi devrait être durci par le Sénat, où la droite est majoritaire. En commission des lois ont déjà été adoptés une centaine d’amendements, qui vont notamment faciliter le rejet des demandes d’asile et réaffirmer la pénalisation du délit de solidarité. « Il est essentiel que les sénateurs respectent le droit international des réfugiés et fassent des amendements dans le bon sens, afin que le texte finalement adopté protège les droits des demandeurs d’asile plutôt que d’y porter atteinte », plaide Camille Marquis, de l’ONG Human Rights Watch. Accueil de merde espère aussi pouvoir obtenir des garanties, et compte pour cela sur les élus de l’opposition.

© Politis

« Vous pouvez sauver des vies ! », a rappelé l’une des porte-paroles du collectif à l’ensemble des sénateurs. Certains sont symboliquement venus enfiler leurs gilets. « Pour l’immigration, les élus regardent du côté de la droite dure et de l’extrême droite, regrette Esther Benbassa, membre du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE). Nous sommes là pour dire non au cynisme, au benchmarking, au shopping de l’asile. » Le socialiste Jean-Yves Leconte annonce que lui et les siens vont déposer plus de 200 amendements, « pour être contre les propositions du gouvernement tout en proposant de nouvelles solutions ». Parmi les exemples cités : abandon du délit de solidarité ; mise en place d’un délit d’entrave au droit d’asile « pour empêcher les actes délictueux, comme ceux qui se sont passés à la frontière franco-italienne »_ ; droit à des cours de français pour les demandeurs d’asile ; persévérance pour obtenir une politique commune à l’échelle européenne.

De l’Europe aussi, il devrait être question jusqu’à jeudi soir. L’arrivée de la loi au Sénat intervient dans un contexte particulier, marqué par l’odyssée de l’Aquarius d’Italie en Espagne après avoir frôlé les côtes françaises. « C’est honteux ! s’insurge Éliane Assassi, présidente du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), sur la route du Sénat. Le refus de la France de faire accoster l’Aquarius montre ce que contient ce texte : le migrant n’est pas une personne humaine, donc on se refile, excusez-moi l’expression, la patate chaude d’un pays à l’autre. La France n’a pas été à la hauteur de ce qu’on attendait d’elle : être la patrie des droits de l’homme. » Le gilet de la sénatrice sera offert à l’association SOS Méditerranée, comme les 249 autres neufs collectés pour l’occasion.

À lire aussi >> Marcher contre les frontières

Les actions contre le projet de loi Asile et immigration se multiplient. Vendredi dernier, Accueil de merde avait déjà déployé une banderole « Protégeons les humains, pas les frontières » sur un bateau-mouche voguant sur la Seine. Une nouvelle manifestation est prévue devant le Palais du Luxembourg ce mardi après-midi, à l’appel de nombreux syndicats et associations (La Cimade, Avocats sans frontières, SUD Logement social…). La marche solidaire et citoyenne de soutien aux migrants sera aussi là pour apporter son soutien à la contestation, avant de reprendre la route pour Londres, où elle arrivera le 8 juillet.

Politique Société
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Empêcher le permis de tuer pour la police d’entrer dans notre système judiciaire »
Entretien 18 septembre 2026

« Empêcher le permis de tuer pour la police d’entrer dans notre système judiciaire »

Avec la mobilisation “Non au permis de tuer” ce 20 septembre dans une centaine de villes en France, familles de victimes, associations, syndicats et partis de gauche se retrouvent autour d’un même appel. Samia El Khalfaoui, tante d’une victime et cofondatrice de Stop aux violences d’État, raconte comment ce front s’est construit et pourquoi ses organisateurs veulent l’inscrire dans la durée.
Par Maxime Sirvins
Présidentielle : Attal et Philippe se disputent le macronisme sans Macron
Analyse 17 septembre 2026 abonné·es

Présidentielle : Attal et Philippe se disputent le macronisme sans Macron

Alors que le bloc central peine dans les sondages, Gabriel Attal et Édouard Philippe se livrent une bataille pour l’incarner. Le « duel des héritiers » révèle surtout combien le macronisme peine à survivre à Macron.
Par William Jean
Chez les Écologistes, pas de frictions sur la fission
Analyse 16 septembre 2026 abonné·es

Chez les Écologistes, pas de frictions sur la fission

Face aux enjeux climatiques, les forces pronucléaires gagnent du terrain. Mais du côté des Verts, la ligne est infranchissable, tant l’opposition à l’atome est un combat fondateur de l’histoire du parti.
Par Lucas Sarafian
Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »
Entretien 15 septembre 2026 abonné·es

Loi intégrale : « Sur certaines questions, nous ne pouvons pas faire de compromis »

Lancées avant l’été, les mobilisations autour de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ont repris partout en France. Emmanuelle, du collectif #NousToutes, et Suzy Rojtman, du Comité national pour les droits des femmes, participent à deux initiatives distinctes, qui mettent en exergue les dissensus au sein du mouvement féministe.
Par Salomé Dionisi