Santé : « Je fais du soin dans le respect de la temporalité du patient »

Florence fait partie des 2 000 infirmières employées par l’association Asalée. Au quotidien, elles travaillent aux côtés des médecins libéraux pour suivre leurs patients atteints de maladies chroniques comme le diabète. Aujourd’hui, la survie de l’association, uniquement financée par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), est menacée.

• 18 septembre 2026
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Santé : « Je fais du soin dans le respect de la temporalité du patient »
© Pavel Danilyuk / Pexels

Je m’appelle Florence, je suis infirmière Asalée (pour Action de santé libérale en équipe). Je ne veux pas regarder disparaître ce que nous avons construit.

Depuis plusieurs mois, notre association est en redressement judiciaire et notre avenir est menacé. Derrière cette menace, il y a plus qu’une association en difficulté : c’est un dispositif de coopération entre infirmières, médecins généralistes, patients et aidants, et un métier infirmier construit autour de cette coopération, qui sont menacés de disparition.

La prévention, l’éducation thérapeutique, l’autonomie des patients et la coopération permettent une utilisation plus pertinente des ressources de santé.

Dans mon quotidien, je vois des personnes vivant avec une maladie chronique qui ont besoin de temps pour comprendre leur maladie, modifier leurs habitudes, retrouver de l’autonomie ou reprendre du pouvoir d’agir sur leur santé. Je vois des aidants qui ont, eux aussi, besoin d’être écoutés. Je vois des médecins généralistes avec lesquels je coopère au quotidien. J’observe depuis plusieurs années l’intérêt de cette coopération auprès des patients.

Ma place au sein du cabinet est légitime et les médecins généralistes ne se voient plus travailler autrement. Je n’apporte pas un soin, mais je fais du soin, dans le respect de la temporalité du patient, avec du temps pour l’écoute, la prévention, l’éducation thérapeutique et l’accompagnement.

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Cette coopération permet de mieux répondre aux besoins du patient. Je peux dire qu’Asalée me permet de m’épanouir dans mon métier et de déployer tout mon potentiel de soignante. C’est cette coopération qui fait la force d’Asalée et elle produit des résultats. Plusieurs études montrent ses effets positifs. Elles montrent que la prévention, l’éducation thérapeutique, l’autonomie des patients et la coopération permettent une utilisation plus pertinente des ressources de santé.

La soutenabilité de notre Sécurité sociale est plus que jamais un enjeu. Asalée mérite d’être regardée comme un opérateur de soins. Et si une partie des réponses se trouvait aussi dans un modèle capable de mieux prévenir, mieux accompagner et éviter certaines dépenses de santé ? Alors qu’Asalée existe depuis plus de vingt ans et que des professionnels continuent à porter une proposition pour la faire évoluer, Asalée se trouve aujourd’hui menacée de disparition.

La soutenabilité de notre Sécurité sociale est plus que jamais un enjeu.

Nous aurions pu attendre. Nous avons choisi de travailler et de nous mobiliser. Ces six mois de redressement judiciaire ont été mis à profit par un travail collectif. Environ 1 000 personnes ont participé à l’université d’été pour réfléchir à ce que pourrait être Asalée demain : infirmières, médecins, patients, aidants, personnes impliquées dans le dispositif et citoyens.

Faire évoluer le système

De ces échanges est né le plan Asalée 2030. Ce projet, j’y ai contribué. Il fait évoluer le modèle tout en conservant ce qui fait sa valeur : renforcer la territorialisation et l’adaptation aux besoins locaux, tout en conservant un socle commun et coopératif. Nous souhaitons une gouvernance partagée portée par le projet engagé d’une société coopérative d’intérêt collectif (Scic) et ancrer une démocratie sanitaire en prenant en compte la parole des patients et des aidants.

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Asalée 2030 n’est donc pas seulement un projet pour sauver une association. C’est une proposition pour construire les conditions de sa continuité, répondre davantage aux besoins du terrain et faire évoluer le système de santé. Une proposition de continuation existe donc, portée par ceux qui la font vivre. Elle doit permettre à Asalée de continuer à soigner, prévenir et accompagner, tout en faisant évoluer son organisation, sa territorialisation et sa gouvernance.

Je demande que l’on regarde ce que cette coopération produit pour les patients, les aidants, les professionnels, les territoires et le système de santé.

Je demande que l’on regarde ce que cette coopération produit pour les patients, les aidants, les professionnels, les territoires et le système de santé. Alors que nous cherchons à rendre notre système de santé plus soutenable, il serait impensable de laisser disparaître, ou reprendre par un financeur, une organisation qui a fait ses preuves depuis plus de vingt ans et dont l’efficience n’est plus à démontrer. Nous demandons qu’elle soit évaluée et que les citoyens puissent se prononcer sur la Sécurité sociale dont ils ont besoin.

Je m’appelle Florence, je suis infirmière Asalée. Je ne sais pas encore ce que deviendra Asalée. Mais je sais qu’une proposition de continuité existe. Et je veux pouvoir participer à son avenir.

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